Poème
Elegie II
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Puis qu’il te fault desloger de ce lieu, Il m’est bien force (helas) de dire à Dieu Par escripture au corps, qui s’en ira, Veu que la Bouche à peine le dira. O quel depart plein de dueil, ou liesse. Certes croy moy (ma terrestre Deesse) Que ton depart a vertu, et pouvoir De me laisser ou vie, ou desespoir. Quand ta promesse avant partir tiendras, En tout plaisir ton Amy maintiendras : Mais si mon cueur ne vient à son entente A ce coup cy, je n’y ay plus d’attente, Et si je perds icelle attente toute, User mes jours en desespoir je doubte. Pour ton amour j’ay souffert tant d’ennuys Par tant de jours, et tant de longues nuictz, Qu’il est advis à l’espoir, qui me tient, Que desespoir le cours du Ciel retient, A celle fin que le jour ne s’approche De l’attendue, et desirée approche. Ung an y a, que par toy commencée Fut l’amytié : et sachant ta pensée Esclave, et serf d’Amour fus arresté, Ce que devant jamais n’avoit esté. Ung an y a (ou il s’en fault bien peu) Que par toy suis d’Esperance repeu. O moys de May pour moy trop sec, et maigre : O doulx acueil tu me sera trop aigre, Si ma Maistresse, avant son departir, En aultre goust ne te veult convertir. S’ainsi n’advient, à tel Moys de l’année, Bien me duyra couleur Noire, ou Tannée : A ung tel moys qu’on doibt dancer, et rire, Raison vouldra, que d’ennuy je souspire, Veu qu’en ce temps fut faicte l’alliance, Dont je perdray la totalle fiance. Mais s’il te plaist, à tel Moys de l’Année Ne me duira couleur Noire, ou Tannée. A ung tel Moys, qu’on doibt s’esbatre, et rire, Raison vouldra, que point je ne souspire, Veu qu’en ce temps fut faicte l’alliance Dont j’obtiendray la totalle fiance. Las, s’il t’eust pleu, bien je l’eusse obtenue Depuis le temps de la tienne venue : Mais je congnois, que ton amour de glace Pres de mon feu du tout se fond, et passe. Ne me dy point que peur te faict refraindre, Je sçay que n’as occasion de craindre : Puis crainte, et peur retarder ne font point Le cueur d’aulcun, quand vraye Amour le poinct. Que diray plus ? au tour, dont je t’accuse, Ne trouveras bien souffisante excuse. Qu’il soit ainsi, plus tost huy, que demain (Si ton bon sens y veult mettre la main) Maulgré Fortune, et tout en despit d’elle, Tu me rendras content, et toy fidelle, Brief, rien n’y fault, sinon que ton plaisir Soit accordant à mon ardant desir. Or voy je bien que tu n’as pas envie De me laisser ton cueur toute ta vie : Car s’ainsi feust, ton Servant allié Par Jouyssance eusses desjà lié, Veu que souvent tu t’es dicte asseurée Que loyaulté auroit en luy durée. Ce nonobstant quand ton cueur vouldras prendre, Pour t’obeir, je suis prest à le rendre. Quand est du mien, tu le tiens enserré En tes Prisons, et si n’a point erré : Que pleust à Dieu ne t’avoir jamais veue, Ou que ma vie encores feust pourveue De sa franchise : ou que ton propre vueil Feust ressemblant à ton si bel acueil. Ha cher Amye, onc jour de mon vivant Ne me trouvay de tel sorte escrivant. Mon sens se trouble et lourdement rimoie, Mon cueur se fend, et mon pauvre Œil larmoie, Bien prevoians qu’apres le tien despart, Des biens d’Amour ilz n’auront jamais part. Doncques avant que partir, je supplie Qu’envers moy soit ta promesse accomplie. Ne perds l’Amy, qui ne t’a point forfaict, Donne remede au mal, que tu as faict. Si tu le fais, bien heureux me tiendray : Si ne le fais, patience prendray, M’esjouissant voiant ma foy promise Mener la tienne en Triumphe submise.
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