Poème
Elegie IX
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
La grand Amour, que mon las cueur vous porte, Incessamment me conseille, et enhorte Vous consoller en vostre ennuy extrême : Mais (tout bien veu) je treuve que moymesme Ay bon besoing de consolation Du dueil, que j’ay de vostre affliction. J’en ay tel dueil qu’a peine eusse sceu mettre Sur le papier ung tout seul petit Metre, Si le desir, qu’ay à vostre service, N’eust esté grand, et plein d’amour sans vice. O Dieu du Ciel, qu’amour est forte chose. Sept ans y a que ma main se repose Sans voulenté d’escrire à nulle femme, M’eust elle aymé soubz tresardante flamme : Et maintenant (las) une Damoyselle Qui n’a sur moy affection, ne zelle, Me faict pour elle employer Encre, et Plume, Et sans m’aymer, d’un feu nouveau m’allume. Or me traictez ainsi qu’il vous plaira : En endurant mon cueur vous servira : Et ayme mieulx vous servir en tristesse, Qu’aymer ailleurs en joye, et en lyesse. D’où vient ce point ? Certes il fault bien dire, Qu’en vous y a quelcque grâce, qui tire Les cueurs à soy. Mais laquelle peult ce estre ? Seroit ce point vostre port tant à dextre ? Seroit ce point les traictz de voz beaulx yeux, Ou ce parler tant doulx, et gratieux ? Seroit ce point vostre bonté tant sage, Ou la haulteur de ce tant beau corsage ? Seroit ce point vostre entiere beaulté, Ou ceste doulce honneste privaulté ? C’est ceste là (ainsi comme il me semble) Ou si ne faulx, ce sont toutes ensemble. Quoy que ce soit, de vostre amour suis pris : Encor je loue Amour en mes espritz, De mon cueur mettre en ung lieu tant heureux, Puis qu’il falloit que devinse amoureux. Donc puis qu’Amour m’a voulu arrester Pour vous servir, plaise vous me traicter, Comme vouldriez vous mesme estre traictée, Si vous estiez par Amour arrestée.
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