Poème
Elegie V
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Si ta promesse amoureusement faicte Estoyt venue à fin vraye, et parfaicte, Croy (chere Sœur) qu’en ferme loyaulté Je serviroys ta jeunesse et beaulté, Faisant pour toy de corps, d’esprit, et d’âme, Ce que Servant peult faire pour sa Dame. Je ne dy pas que de ta bouche sorte Mot, qui ne soit de veritable sorte : Mais quand à l’œil voy ta belle stature Et la grandeur d’une telle adventure, Qui ne se peult meriter bonnement, Je ne sçaurois croire qu’aucunement Je peusse attaindre à ung si hault degré, S’il ne me vient de ta grâce, et bon gré. Puis que ton cueur me veulx donc presenter, Et qu’il te plaist du mien te contenter, Je loue Amour. Or evitons les peines, Dont les Amours communement sont pleines : Trouvons moien, trouvons lieu, et loisir De mettre à fin le tien, et mien desir. Voicy les jours de l’An les plus plaisans, Chascun de nous est en ses jeunes ans : Faisons donc tant que la fleur de nostre aage, Ne suive point de tristesse l’oultrage : Car temps perdu, et jeunesse passée Estre ne peult par deux fois amassée. Le tien office est, de me faire grâce : Le mien sera, d’adviser que je fasse Tes bons plaisirs, et sur tout regarder Le droict chemin pour ton honneur garder. Si te supply, que ta Dextre m’anonce De cest escript la finalle response, A celle fin que ton dernier vouloir Du tout me fasse esjouyr, ou douloir. La Sixiesme Elegie meslée d’une joye doubteuse Le plus grand bien, qui soit en amytié, Apres le don d’amoureuse pitié, Est s’entrescrire, ou se dire de bouche, Soit bien, soit dueil, tout ce qui au cueur touche : Car si c’est dueil, on s’entre reconforte : Et si c’est bien, sa part chascun emporte. Pourtant je veulx (M’amye, et mon desir) Que vous ayez vostre part d’ung plaisir, Qui en dormant l’aultre nuict me survint. Advis me feut, que vers moy tout seul vint Le dieu d’Amours, aussi cler que une Estoille, Le corps tout nud, sans drap, linge, ne toille, Et si avoit (affin que l’entendez) Son Arc alors, et ses yeux desbendez, Et en sa main celluy traict bien heureux, Lequel nous feit l’ung de l’aultre amoureux. En ordre tel s’approche, et me va dire : Loyal Amant, ce que ton cueur desire, Est asseuré : celle, qui est tant tienne, Ne t’a rien dit (pour vray) qu’elle ne tienne : Et qui plus est, tu es en tel credit, Qu’elle a foy ferme en ce que luy a dit. Ainsi Amour parloit : et en parlant M’asseura fort. Adonc en esbranlant Ses Aesles d’or en l’Air s’en est vollé, Et au resveil je fuz tant consollé, Qu’il me sembla que du plus hault des Cieulx Dieu m’envoya ce propos gracieux. Lors prins la plume, et par escript fut mis Ce songe mien, que je vous ay transmis, Vous suppliant pour mettre en grand heur, Ne faire point le Dieu d’amours menteur, Mais tout ainsi qu’il m’en donne asseurance, En vostre dire avoir perseverance : Croyant tousjours que les propos, et termes Que vous ay ditz, sont asseurez, et fermes. En ce faisant pourray bien soustenir, Que songe peult sans mensonge advenir : Et si diray la Couche bien heureuse, Où je songeay chose tant amoureuse. O combien donc heureuse elle sera Quand ce gent corps dedans reposera.
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