Poème
Elegie VII
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Qu’ay je mesfaict, dictes ma chere Amye ? Vostre Amour semble estre toute endormye. Je n’ay de vous plus lettres, ne langage, Je n’ay de vous ung seul petit message, Plus ne vous voy aux lieux accoustumez : Sont jà estainctz voz desirs alumez, Qui avec moy d’un mesme feu ardoient ? Où sont ces yeux, lesquelz me regardoient Souvent en ris, souvent avecques larmes ? Où sont les motz, qui tant m’ont faict d’alarmes ? Où est la bouche aussi, qui m’appaisoit, Quant tant de fois, et si bien me baisoit ? Où est le cueur, que irrevocablement M’avez donné ? où est semblablement La blanche main, qui bien fort m’arrestoit, Quand de partir de vous besoing m’estoit ? Helas (Amans) helas se peult il faire, Qu’Amour si grand se puisse ainsi desfaire ? Je penseroys plustost que les Ruisseaux Feroient aller encontre’mont leurs eaux, Considerant que de faict, ne pensée Ne l’ay encor (que je sache) offensée. Doncques Amour, qui couves soubz tes aesles Journellement les cueurs des Damoyselles, Ne laisse pas trop refroidir celluy De celle là, pour qui j’ay tant d’ennuy. Ou trompe moy en me faisant entendre, Qu’elle a le cueur bien ferme, et fust il tendre.
Connectez-vous pour laisser un commentaire.