Poème
Elegie VIII
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Dictes, pourquoy vostre amytié s’efface O Cœur ingrat soubz angelicque face ? Dictes le moy, car sçavoir ne le puis, Tousjours loyal ay esté, et le suis : Il est bien vray, qu’ardant est mon service, Mais d’avoir faict en servant ung seul vice, Il n’est vivant lequel me sceust reprendre, Si trop aymer pour vice ne veult prendre. Las pourquoy doncq laissez vous le cueur pris D’amour si grand ? Avez vous entrepris De mettre fin à sa dolente vie ? Mieulx eut valu (puis qu’en avez envie) Que consumé l’eussiez à vous servir, Qu’en le laissant, sans point le desservir. Mais qui a meu du Monde la plus belle A me laisser ? est ce amytié nouvelle ? Je croy que non : Qui vous faict doncq changer Si bon propos ? Seroit ce point Danger ? C’est luy pour vray. Danger par Jalousie Chasse l’amour de vostre fantasie, Et en son lieu toute craincte y veult mettre : Ce que ne doibt ung gentil cueur permettre. Craincte est obscure, Amour est nette, et blanche : Craincte est servile, Amour est toute franche : Amour faict vivre, et Craincte faict mourir. Si vous souffrez en elle vous nourrir Ceste beaulté de Vertu acueillie Se passera comme une fleur cueillie. Mais quand Amour de vous ne partira, Telle beaulté plus en plus florira. Et d’aultre part en est il, qui frequentent Le train d’Amours, sans que l’assault ilz sentent De ces Jaloux ? Où pensez vous qu’ilz soyent ? Si pour cela toutes Dames laissoient Leurs Serviteurs, ainsi comme vous faictes, Toutes Amours par tout seroient deffaictes. Ce n’est pas tout que d’aymer seulement, Il fault aymer perpetuellement, Et lors que plus Jalousie se fume, Lors que Danger plus sa cholere alume, Et que Rapport plus se mect à blasmer, Lors se doibt plus vraye amour enflammer Pour leur montrer qu’Amour est plus puissante, Que leur Rigueur n’est amere, et cuysante. Ce neantmoins vostre plaisir soit faict : Il est en vous de me faire (en effect) Souffrir à tort : mais en vostre puissance N’est pas d’oster la grande obeissance, Et l’amytié qu’ay en vous commencée : Plustost mourir que changer ma pensée.
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