Poème
Elegie XI
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Pour à plaisir ensemble deviser, On ne sçauroit meilleur temps adviser Que de Noël la Mynuict, et la Veille. En ceste nuict le Dieu d’Amours resveille Ses Serviteurs, et leur va commendant De ne dormir, mais rire, ce pendant Que Faulx Dangier, Maubec, et Jalousie Sont endormis au Lict de Fantasie. O nuict heureuse, ô doulce noire nuict, Ta noireté aux Amans point ne nuyt, Plus tost endort les langues serpentines : Si que faignant d’aller droit à Matines, Plusieurs Amans peulvent bien (ce me semble) En lieu secret se rencontrer ensemble. Les Prebstres lors bien hault chantent, et crient, Et les Amans tout bas leurs Dames prient, Et puis entre eulx comptent de leurs fortunes, En mauldissant les langues importunes, Ou en disant choses, qui mieulx leur plaisent. Puis les Servans par coups leurs Dames baisent, Et en baisant, à elles ilz se deulent Pour avoir mieulx : lors si les Dames veulent, Maulgré Danger, et toute sa puissance, A leurs amys donneront jouyssance : Car noire nuyct, qui des Amans prend cure, Les couvrira de sa grand Robe obscure. Et si rendra (ce pendant) endormys Ceulx, qui d’Amours sont mortelz ennemys. Qu’en dictes vous ma Maistresse, et M’amye ? Si vous voulez n’estre point endormye Ceste nuyt là, de veiller suis content Avecques vous, car mon vouloir ne tend Qu’a vous complaire. Or pour nous resjouyr, Si vous voulez les Matines ouyr Là, où sçavez, il n’est Chambre si bonne, Ne si bon Lict, que du tout n’abandonne Pour me trouver : car pour final propos, Dedans ung Lict ne gist point mon repos : Il gist en vous, et en vous je le quiers : Donnez le moy doncques, je vous requiers.
Connectez-vous pour laisser un commentaire.