Poème
Elegie XII
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Le juste dueil remply de fascherie Qu’eustes hersoir par la grand resverie De l’homme vieil, ennemy de plaisir, M’a mis au Cueur ung si grand desplaisir, Que toute nuyct repos je n’ay sceu prendre : Aussi seroit à blasmer, et reprendre Le Serviteur, qui porter ne sçauroit Le mesme dueil, que sa Maistresse auroit. Certainement ma Nymphe, ma Deesse, Quand joye avez, je suis plein de liesse, Et quand douleur au cueur vous touche, et poingt, Je ne reçoy de plaisir ung seul poinct. Toute la nuyct je disois à par moy, Helas, fault il qu’elle soit en esmoy Par le parler, et par la langue amere D’ung, qui la trouve et Mere, et plus que Mere ? Que pourra il faire à ses Ennemys, Quand il veut nuyre à ses meilleurs Amys ? Ainsi disoys, ayant grand confiance Que vostre Cueur bien armé de Constance Plus grans assaulx sçauroit bien soustenir, Et que le mal qui en pourroit venir Ne pourroit pas tumber que sur la teste Du mal parlant, qui trop se monstra beste. Et quand j’euz bien viré, et reviré Dedans mon Lict, et beaucoup souspiré, Je priay fort Amour, qui m’assailloit, Laisser dormir mon esprit, qui veilloit : Mais lors Amour de rigueur m’a usé : Car le dormit du tout m’a refusé, Me commandant de composer, et tistre Toute la nuyct ceste petite Epistre, Pour au matin ung peu vous conforter Du dueil, qu’hersoir il vous convint porter. Or ay je faict le sien commandement : Si vous requiers (ma Maistresse) humblement, Que vostre Cueur tant noble, et gracieux Chasse dehors tout ennuy soucieux. En le chassant, le mien vous chasserez : Priant Amour, qu’en tous lieux, où serez, Vienne plaisir, et tristesse s’enfuye, Et que Vieillard jamais ne vous ennuye.
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