Poème
Elegie XIII
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
L’esloignement, que de vous je veulx faire, N’est pour vouloir m’exempter, et deffaire De vostre amour, encor moins du service : C’est pour tirer mon loyal cueur sans vice Du feu, qui l’ard par trop grand amytié : Et est besoing, qu’il treuve en moy pitié, Veu que de vous pour toute recompense. N’a que rigueur, et mieulx trouver n’y pense : Car de vous n’ay encor ouy responce, Qui ung seul brin de bon espoir m’anonce. Si fault il bien que vostre cueur entende, Qu’il n’y a chose au Monde, qui ne tende A quelcque fin. Homme ne suyt la guerre, Que pour honneur, ou proufit y acquerre : Qui ces deux poinctz de la guerre osteroit, A y servir nul ne se bouteroit. Homme ne suit le train d’Amours aussi, Que soubz espoir d’avoir don de mercy : Et qui ce poinct en osteroit en somme, D’amour servir ne se mesleroit homme. Ce nonobstant, vostre je demourray : Mais ce sera le plus loing que pourray : Car que me vault veoir de pres, et congnoistre Tant de beaulté, fors d’atiser, et croistre Mon nouveau feu ? J’ay tousjours ouy dire, Qui plus est pres, plus ardemment desire : Parquoy pour moins ardemment desirer, Raison me dit qu’il me fault retirer, En m’asseurant (si je croy son propos) Que mon esprit par temps aura repos : Et si promect rendre à ma triste vie La liberté, que luy aurez ravie : Et vostre amour (helas) ne me promect Fors desespoir, qui au tombeau me mect. Ay je donc tort, si raison je veulx croire Plustost qu’Amour, qui en mes maulx prend gloire ? Las, s’en ouvrant ceste bouche vermeille Vous eussiez mis en mon Cueur par l’oreille Ung mot d’espoir, travaulx, ennuyz, et peines M’eussent (pour vous) semblé liesses pleines : Car doulx espoir conforte la pensée, Qui bien s’attend d’estre recompensée. Et moy, qui n’ay espoir, ne seulle attente, Comment feray ma pensée contente, Fors en fuyant la cause de son dueil ? Là, et au temps gist l’espoir de mon vueil. Le temps (pour vray) efface toutes choses : Au long aller mes tristesses encloses Effacera : toutesfoys attendant Remede tel, j’endure ce pendant : Dont maintesfoys vostre face tant belle Mauldis tout seul d’avoir cueur si rebelle. Que pleust à Dieu ne l’avoir oncq pu veoir Ou souvenir jamais d’elle n’avoir. Croyez de vray que ma presente plaincte N’est composée en courroux ; ny en faincte : Faindre n’est point le naturel de moy : Parquoy vous pry n’en prendre aulcun esmoy, Ne me hayr, si je fuys mon contraire, A qui je veulx plus que jamais complaire : Mais c’est de loing : et pour en faire espreuve, Commandez moy. Pour vous certes je treuve Facile chose à faire, ung impossible, Et fort aisée à dire, ung indicible. Commandez donc, car je l’accompliray, Et sur ce poinct un A Dieu vous diray, Partant du cueur de vostre amour attainct, Et qui s’attend d’en veoir le feu estainct Par s’esloigner, puis qu’on ne veult l’estaindre Par eaue de grâce, où bien vouldroit attaindre.
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