Poème
Elegie XVIII
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Filz de Venus voz deux yeux desbendez, Et mes escriptz lisez, et entendez, Pour veoir comment, D’ung desloyal servie me rendez : Las punissez le, ou bien luy commandez Vivre aultrement. Je l’ay receu de grâce honnestement, De moy mesdit par tout injustement, Et me blasonne. Helas fault il, qu’apres bon traictement, Ung Serviteur blasme indiscretement Sa Dame bonne ? Que seront ceulx, qu’on chasse, et abandonne, Si ceulx, à qui le bon recueil on donne, Vivent ainsi ? Il fault, Amour, que peine on leur ordonne : Car plus à vous, qu’à nulle aultre personne, Touche cecy. Si à telz gens faictes grâce, et mercy, Noir deviendra vostre Regne esclercy, Et sans police. Et n’y aura femme ne fille aussy, Qui ose aymer craignant d’avoir soucy Par leur malice. La maulvaise Herbe il fault qu’elle perisse, Et la Brebis mal saine fault qu’elle ysse Hors des trouppeaux. Jectez donc hors de l’amoureux service Ce mesdisant, qu’il n’appreigne son vice A voz feaulx. Certes on voit aux Champs les Pastoureaux Leur foy garder mieulx que leurs gros Taureaux Sans nul mal dire. Mais en Palais, grands Villes, et Chasteaux Foy n’y est rien, langues y sont cousteaux Par trop mesdire. Las qu’ay je dit ? Pardonnez à mon ire, Tous ne sont telz : j’en ay bien sceu eslire Ung tresloyal : A qui mon cueur se lamente, et souspire, Des maulx que j’ay par l’aultre, qui est pire, Que desloyal. A l’un (pour vray) l’aultre n’est pas esgal : L’un est bon fruict, et l’aultre Reagal, Poison mortelle. L’un est d’esprit, l’aultre est gros animal : L’un parle en bien, l’aultre tousjours dit mal : Sa langue est telle. De l’ung reçoy tourment dur, et rebelle : De l’aultre j’ay consolation belle, Dieu sçait combien. Brief, amytié n’a point peine eternelle : Apres le mal j’ay rencontré en elle Singulier bien. O toy mon Cueur bien heureux je te tien, D’avoir trouvé ung tel Serviteur tien, Qui te conforte. Et à bon droict je me complain tresbien, Que je ne l’ay plus tost retenu mien, Congneu sa sorte. Las de mon cueur luy ay fermé la porte, Pour à celluy, qui mal de moy rapporte, Mon cueur unir. Grand mal je fey, aussi peine j’en porte : Et croy, que Dieu me l’envoye ainsi forte, Pour m’en punir. Par ses faulx tours me suis veu advenir Ung grand vouloir de ne me souvenir D’homme, qui vive. Mais pour les faulx les bons me fault bannir : Et puis d’aymer on ne se peult tenir, Quoy qu’on estrive. Tel veult fuyr, qui plus pres en arrive : Si loue Amour, qui plus qu’à femme vive, Ma faict cest heur De me monstrer la malice excessive, D’ung faulx Amant, et la bonté nayve D’ung Serviteur.
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