Poème
Elegie XXI, de la mort de Anne L'Huilier
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Quiconques sois, qui veulx que je confesse, Que Venus est la plus belle Deesse, Il fault aussi que de rien tu ne doubtes, Qu’elle ne soit la plus male de toutes. Car quelcque don que d’elle soit donné, (Tant soit il doulx) il est environné De plus de maulx que la Rose d’Espines Et (qui pis est) si ses frauldes Vulpines On sçait fuyr, ou si ung chaste cueur D’adventure est de sa flamme vainqueur, Elle (soubdain) devient toute enragée : Et tout ainsi, que s’on l’eust oultragée, En prend vengeance. Helas piteuse preuve Toute recente à ce propos se treuve D’Anne, qui fut jadis Orleanique. Le cas est tel. La Deesse impudique De son brandon (qui maintes femmes dampne) Jamais ne sceut eschauffer le Cueur d’Anne, Dont par despit sur le corps se vengea, Et pour ce faire à Vulcan se rengea : Car le pouvoir de Venus est petit Pour se venger selon son appetit. A Vulcan donc son dueil elle declaire Qui tout subit (pour à Venus complaire) De son chault feu, (bien aultre qu’amoureux) Vint allumer par ung soir malheureux D’Anne le Lict chaste, et immaculé : Et en dormant son beau corps a bruslé, Duquel adonc l’âme noble s’osta Et toute gaye au Ciel luysant saulta Sans se sentir du feu de Vulcanus, Encores moins de celluy de Venus. Or vit son Ame, et le Corps est pery Par feu ardant. Mais qui de son Mary Eust eu alors les larmes, qu’espandues Il a depuis, pas ne feussent perdues, Comme elles sont : car de ses yeux sortir En feit assez pour ce feu amortir.
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