Poème
Elegie XXIII, de Jehan Chauvin, menestrier
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Chauvin sonnant sur Seine les Aulbades, Donna tel aise aux gentilles Nayades, Que l’ung pour tous des aquatiques Dieux Parla ainsi. Le son melodieux De ce Chauvin, Freres, nous pourroit nuire Par traict de temps, et noz femmez seduire Jusqu’à les faire yssir de la clere unde, Pour habiter la Terre large, et ronde. Ne feit au chant de son Psalterion Sortir des eaues les Daulphins Arion ? Ne tira pas Orpheus Euridice Hors des Enfers ? Cela nous est indice, Que cestuy cy, qui mieulx que ces deux sonne, Et qui tant est gratieuse personne, Nous pourroit bien noz Nymphes suborner. Ces motz finiz, se prindrent à tourner Ces Dieux jaloux au tour de la Nasselle Du bon Chauvin, et renversans icelle, L’ont en leurs caves plongé, et suffocqué : Puis chascun d’eulx des Nymphes s’est mocqué En leur disant, venez Dames venez, Voicy Chauvin, que si cher vous tenez : Commandez luy, que dancer il vous fasse. Lors le baisant ainsi mort en la face Toutes sur luy de leurs yeux espandirent Nouvelles eaues, et apres le rendirent Dessus la Terre es mains de ses Amys, Qui l’ont ensemble en sepulture mys, Et d’instrumentz de Musique divers Au Roy du ciel, et du Monde univers Ont rendu gloire, et immortelles grâces De l’avoir mis hors des terrestres places Pleines de maulx, pour le loger en lieu, Où plus n’endure, et plus n’offense Dieu.
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