Poème
Elegie XXIV
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Gente Danes de Jupiter aymée Dedans la Tour d’Arain bien enfermée, Puis que Fortune adverse de tous biens Est maintenant envieuse du mien, Puis que de l’œil elle m’a destourné Le beau present qu’elle m’avoit donné, Puis que parler à vous ne puis, et n’ose, Que puis je faire orendroit aultre chose, Fors par escript nouvelles vous mander, De mon ennuy, et vous recommander Le cueur, de moy, dont avez jouyssance ? Le cueur, sur qui nulle autre n’a puissance, Le cueur qui fut de franchise interdict, Quand prisonnier en vos mains se rendit, Et de rechef prisonnier confermé Avecques vous en la Tour enfermé. Je vous supply par celluy dur tourment, Que nous souffront pour aymer loyaulment, Qu’entre voz mains il fasse sa demeure, Jusques à temps, que l’ung, ou l’autre meure. Tandis Fortune avec cours temporel Se changera suivant son naturel : Et ne nous est si dure, et mal prospere, Comme paisible, et bonne je l’espere. Parquoy Amye or vous reconfortez En cest espoir, et constamment portez L’une moictié de l’infortune forte : L’autre moictié croyez que je la porte : Mais où sont ceulx, qui ont eu leur desir En amytié sans quelcque desplaisir ? Il n’en est point certes, et n’en fut oncques, Et n’en sera. Ne vous estonnez doncques, Car j’aperçoy de loing venir le temps, Que nous serons plus, que jamais, contens, Et que de moy serez encor servie. Sans nul danger, et en despit d’Envie.
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