Poème
Elegie XXV, pour Monsieur de Barrois à ma damoiselle de Huban
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Le Serviteur de vous, chere Maistresse, D’ung triste cueur cest escript vous adresse Pour Salut humble, et pour vous advertir Qu’il m’est besoin d’aupres de vous partir ; Mais je ne puis bien vous rendre advertie, Combien de dueil j’ay de la departie : Parquoy vault mieulx à voz pensées remettre Ce que n’en puis par escripture mettre : Ce neanmoins, puis qu’à l’heure presente Ancre, et Papier devant moy se presente, Compter vous vueil ung debat, qui m’esveille. Toutes les fois, que je dors, ou sommeille. Dire me vient (d’une part) mon Devoir, Qu’il m’est besoing, pour long temps ne vous veoir, Me remonstrant, que j’ay certain affaire, Que trop je laisse à poursuivre, et à faire, Et que pour tost chose pressée ouvrer, Laisser on doibt, ce qu’on peult recouvrer. De l’autre part, Desir vient contredire A mon Devoir, et luy vient ainsi dire. Fascheux Devoir, veulx tu qu’un Serviteur Qui quant à l’Œil jamais ne se veit heur Tel qu’à présent, ores il abandonne Ce bien exquis, que vraye Amour luy donne ? Laissera il celle, qui est pourveue De tant de dons ? laissera il la veue De ce regard de doulceur accomply Soubz le hazard d’estre mis en oubly ? Ainsi Desir, et mon Debvoir me preschent : Vous advisant, que tous deux tant m’empeschent, Que je ne sçay auquel j’obeiray : Parquoy Maistresse icy vous suppliray, De m’advertir, qu’il convient que je fasse. Mon Devoir veult, qu’eslongne vostre face, Desir me veult pres de vous retenir, Mais à nul d’eux je ne me veulx tenir, Et n’en feray fors cela seulement, Qu’ordonnera vostre commandement, Qui dessus moy aultant a de puissance Que Serviteurs doibvent d’obeissance.
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