Poème
Elegie XXVI, à une qui refusa un present
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Quand je vous dy (sans penser mal affaire) J’ay, chere Sœur, ung present à vous faire, Le prendrez vous ? des que m’eustes ouy, Dit ne me fut le contraire d’ouy : Parquoy, ma Sœur, si en vous l’envoyant Y a forfaict, chascun sera croyant, Que non de moy, mais de vous vient l’offense : Et pour renfort de ma juste deffense, Sans me vanter (ce mot bien dire j’ose) Qu’en mainct bon lieu j’ay donné maincte chose, Que l’on prenoit, sans penser le Donneur Pretendre rien du Prenant, que l’honneur. Que n’avez vous de moy ainsi pensé ? Jamais me suis je en termes avancé Aupres de vous, qu’honneur, et Dieu ensemble N’y feussent mis : quelcque fois, ce me semble, Je vous ay dit (si bien vous en souvient) Treschere Sœur, si service vous vient De mon costé, je vous supply n’entendre, Que je vous vueille obliger le me rendre. Brief, mes propos tenuz d’affection Seront tesmoingz de mon intention, Vous asseurant que l’estime immuable Que j’ay de vous, est si grande, et louable, Que rien par vous n’y peult estre augmenté, En refusant ung offre presenté. Il n’est pas dit (certes) que tous Donneurs Voysent cherchant (par tout) les deshonneurs : Et n’est pas dit, que les Dames, qui prenent, Font toutes mal, et qu’en prenant mesprenent : Ce non obstant, prendre n’exaulceray En mon escript, et si confesseray, Que bien souvent, quand à femme l’on donne, Le reffuser, est chose honneste, et bonne : Mais bien souvent (à vous dire verité) Il peult tourner en incivilité. Je sçay assez, que de rien n’avez faulte : Je sçay, combien de Cueur vous estes haulte : Ce neantmoins (pour nourrir amytié) N’est mal seant, s’abesser de moytié. Quand tout est dit, necte sens ma pensée, D’avoir faict cas, où soyez offensée : Plustost devrois me sentir offensé Du mal, qu’avez (peult estre) en moy pensé : Veu que l’offrir dont j’ay voulu user, En cas d’honneur vault bien le reffuser. Et croy de faict, que si ce n’eust esté La Foy que j’ay de vostre honnesteté, J’eusse pensé proceder mon default De n’avoir faict mon present assez hault : Mais Dieu me gard d’estre si transgresseur De l’amytié d’une si bonne Sœur, Qui congnoistra que Frere ne se treuve Plus vray que moy, me mettant à l’espreuve.
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