Poème
Epistre à Monseigneur de Lorraine, nouvellement venu à Paris
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
S’il y a rien, Prince de hault pouvoir, Qui par deçà fasse mal son debvoir De recepvoir ta haultesse honnorée, Ce ne sera que ma Plume essorée, Qui entreprend de te donner Salut, Et pour ce faire onc assez ne valut, Ains trop est lourde, et de style trop mince, Pour s’adresser à trop excellent Prince : Ce neantmoins sachant, que tu as pris Par maintesfois plaisir en mes escriptz, J’ayme trop mieulx t’escrire lourdement, Que de me taire à ton advenement, Car j’ay espoir que la voulenté tienne Congnoistra bien en cest escript la mienne : Qui est, et fut, et sera, de sçavoir Faire aulcun cas, où tu puisses avoir Quelcque plaisir. Premier donc je salue Treshumblement ta haultesse, et value : Puis à celluy, qui est Prince des Anges, Rends de bon cueur immortelles louanges, De l’heureux point de ta noble venue, Qui est le temps de la Paix advenue : Par qui tu voys les deux Enfans de France Hors des lyens de captive souffrance. Grâces aussi luy fault rendre des pertes : Vray est que trop sont lourdes, et apertes A ung chascun : mesmes ta Majesté Participante aux malheurs a esté, En y perdant soubz la fleur de jeunesse Deux Freres pleins d’honneur, sens, et prouesse. Qui est celluy (si bien les congnoissoit) Qu’en y pensant, plein de douleur ne soit ? Si convient il en douleur, et ennuy Nostre vouloir conformer à celluy Du tout puissant : aultrement on resiste A sa bonté. Ce propos dur, et triste En cest endroit rompray pour le present, Et te suplly prendre en gré le present, Que je te fay de ce translaté Livre, Lequel (pour vray) hardiment je te livre, Pour ce que point le sens n’en est yssu De mon cerveau : ains a esté tissu Subtilement par la Muse d’Ovide : Que pleust à Dieu l’avoir tout mis au vuyde Pour t’en faire offre. Or si ce peu t’agrée, Heureux seray que ton cueur se y recrée Ce temps pendant qu’en France tu sejournes, Et attendant qu’en ta Duché retournes, Duché puissante, et Duché souveraine, Duché de biens, et de Paix toute pleine, Duché, de qui partout le nom s’estend, Là où ton Peuple à ceste heure t’attend Aussi fasché de ta loingtaine absence, Que toy joyeux de la noble presence De nostre Roy, de ses Enfants aymez, Et des treshaultz Princes tant renommez : Entre lesquelz de tes Freres la reste Tu voys fleurir en honneur manifeste, Cheriz du Roy, et du peuple honnorez, Or à ces deux, que Mort a devorez, Dieu doint repos : et aux troys, qui demeurent, Que de cent ans (bien comptez) il ne meurent.
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