Poème
Epistre à Monseigneur le grand maistre de Montmorency
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
En attendant le moyen et pouvoir, Que honnestement je me puisse mouvoir De ce Païs, il m’est prins le courage, De mettre à part reposer ung Ouvrage, Qui pour le Roy sera tost mis a fin : Puis ay choysi une aultre plume, affin De vous escrire en Rime la presente : De par laquelle orendroit vous presente Salut treshumble : et ung Livre petit, Où j’ay espoir que prendrez appetit : Car long temps a, qu’il vous a pleu me dire, Et commander, que le vous feisse escrire. C’est ung amas de choses espandues, Qui (quant à moy) estoient si bien perdues, Que mon esprit n’eut onc à les ouvrer Si grand labeur, comme à les recouvrer. Mais comme ardent à faire vostre vueil, J’ay tant cherché, qu’en ay faict ung recueil, Et un Jardin garny de fleurs diverses, De couleur jaulne, et de rouges, et perses. Vray est, qu’il est sans arbre, ne grand fruict. Ce neantmoins je ne vous l’ay construict Des pires fleurs, qui de moy sont sorties. Il est bien vray qu’il y a des Orties : Mais ce ne sont que celles, qui picquarent Les Musequins, qui de moy se mocquarent. Votre Esprit noble en ce petit Verger Aulcunesfoys se pourra soulager, Quand travaillé aura au bien publique, Auquel tousjours soigneusement s’applique. Donc (Monseigneur) plus que treshumblement Je vous supply de cordiallement Le recepvoir, et du porteur de luy Avoir pitié. C’est encores celluy Petit Tailleur entre tous les Tailleurs, Dont à Bourdeaulx, à Coignac, et ailleurs Je vous parlay par escript, et de bouche. Enrichy n’est : il se lieve, et se couche Soir, et Matin aussi mal fortuné, Que quand pour luy fustes importuné. Jadis servit la haulte Seigneurie De la feu Royne en sa noble escuyrie : Mais son estat dessoubz la dure Lame Fut enterré avec la bonne dame. Or ne peult plus revivre sa Maitresse : Quant à l’estat maulgré la Mort traistesse Vous le povez refaire aussi vivant, Et aussi beau, qu’il estoit par avant. Las (Monseigneur) faictes ce beau miracle, Il est aisé. Et si par quelcque obstacle Ne peult ravoir son estat de Tailleur, Il ne le fault que tromper d’un meilleur. Si vous haulsez son estat, et son bien, Il le prendra : car je le congnois bien Au pis aller, pour conclure l’affaire, Je vous supply comme aux aultres luy faire : Et s’il n’en a (aultant comme eulx) besoing, Je suis content qu’on n’en preigne le soing. Priant celluy, lequel vous a faict naistre, Que cent bons ans vous maintienne grand Maistre, Ou vous monter en plus digne degré, Affin que plus luy en saichez de gré.
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