Poème
Epitaphe de damoyselle Anne de Marle
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Vous qui aymez amytié nuptiale, Vous qui prisez Charité cordiale, Et qui louez en ung Corps femenin Ung Cueur entier, gracieux, et begnin ; Arrestez vous. Cy gist la Damoyselle, Qui tout cela (et mieulx) avoit en elle. Anne est le nom de celle, dont je parle, Fille jadis de Hierosme de Marle, Du noble lieu de Luzancy Seigneur, Et sa Mere est Damoyselle d’honneur, Qui porte nom de Philippe Laurens, Laquelle avec Pere, Freres, et Parents Feit la Defuncte estre premiere Femme Du General des Finances, Spisame, Gaillard de nom, et Seigneur de Bisseaulx, Qui d’ung tel Arbre a eu neuf Arbrisseaux. Or a vescu tresvertueusement Avecques luy dix ans tant seulement. Fascheuse Mort par son cruel oultrage N’a pas voulu, qu’elle y fust d’advantage : Mais (comme ayant sur sa bonté envie) Luy annonça le depart de sa Vie L’an de son aage (à peine) huict, et vingt. Lors sans viser au lieu, dont elle vint, Et desprisant la gloire, que l’on a En ce bas Monde, icelle Anne ordonna, Que son corps fust entre les pauvres mis En ceste Fosse. Or prions chers Amys, Que l’Ame soit entre les pauvres mise, Qui bien heureux sont chantez en l’Eglise.
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