Poème
L'Epistre du coq en l'asne à Lyon Jamet
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Je t’envoye ung grand million De salutz, mon Amy Lyon : S’ilz estoient d’or, ilz vauldroient mieulx, Car les Françoys ont parmy eulx Tousjours des Nations estranges. Mais quoy ? nous ne povons estre Anges, C’est pour venir à l’Equivoque : Pource que une femme se mocque, Quand son Amy son cas luy compte, Et pour mieulx te faire le compte, A Romme sont les grands Pardons. Il fault bien que nous nous gardons De dire, qu’on les apetisse : Excepté que gens de Justice Ont le temps apres les Chanoynes. Je ne vey jamais tant de Moynes, Qui vivent, et si ne font rien. L’Empereur est grand terrien, Plus grand que Monsieur de Bourbon. On dict, qu’il faict à Chambourg bon, Si faict il à Paris en France : Mais si Paris avoit souffrance, Montmartre auroit grand desconfort. Aussi depuis qu’il gele fort, Croyez qu’en despit des Jaloux, On porte souliers de Veloux, Ou de Trippe, que je ne mente. Je suis bien fol, je me tourmente Le cueur, et le corps d’un affaire, Dont toy, et moy n’avons que faire. Cela n’est que irriter les gens : Tellement que douze Sergens Bien armez jusques au Collet, Battrons bien ung homme seullet, Pourveu que point ne se deffende. Jamais ne veulent qu’on les pende : Si disent les vieulx Quolibetz Qu’on ne veoit pas tant de Gibetz En ce Monde, que de Larrons. Porte Bonnetz carrez, ou rondz, Ou Chapperons fourrez d’Hermines, Ne parle point, et fais des mines, Te voyla sage, et bien discret. Lyon, Lyon, c’est le secret, Aprens tandis que tu es vieulx : Et tu voirras les Envieux Courir comme la Chananée, En disant qu’il est grande année D’Amoureuses, et d’Amoureux, De Dolens, et de Langoreux, Qui meurent le jour quinze foys. Sabmedy prochain toutesfoys On doibt lire la Loy civile : Et tant que Veaulx, qui vont par Ville, Seront bruslez sans faulte nulle, Car ilz ont chevauché la Mulle, Et la chevauchent tous les jours. Tel faict à Paris longs sejours, Qui vouldroit estre en aultre lieu. Laquelle chose de par Dieu Amours finissent par Cousteaux. Et troys Dames des Blancs Manteaux S’abillent toutes d’une sorte. Il n’est pas possible qu’on sorte De ces Cloistres aulcunement, Sans y entrer premierement, C’est ung argument de Sophiste. Et qu’ainsi soit, ung bon Papiste Ne dit jamais bien de Luther, Car s’ilz venoient à disputer, L’ung des deux seroit Heretique. Oultre plus, une femme Ethique Ne sçauroit estre bonne bague : D’advantage, qui ne se brague, N’est point prisé au temps present : Et qui plus est, ung bon present Sert en Amours, plus que babilz. Et puis la façon des Habitz, Dedans ung an sera trop vieille. Il est bien vray qu’ung Amy veille Pour garder l’autre de diffame : Mais tant y a, que mainte femme S’efforce à parler par Escript. Or est arrivé l’Antechrist, Et nous l’avons tant attendu. Ma dame ne m’a pas vendu, C’est une Chanson gringotée, La Musique en est bien notée, Ou l’assiette de la Clef ment. Par la mort bieu, voylà Clement, Prenez le, il a mangé le Lard. Il faict bon estre Papelard, Et ne courroucer poinct les Fées. Toutes choses qui sont coiffées. Ont moult de lunes en la teste. Escripvez moy, s’on faict plus feste De la Lingere du Palays, Car maistre Jan du Pont Alays Ne sera pas si oultrageux, Quand viendra à jouer ses Jeux, Qu’il ne nous fasse trestous rire. Ung homme ne peult bien escrire, S’il n’est quelcque peu bon lisart. La Chanson de Frère Grisard, Est trop sallée à ces Pucelles, Et si faict mal au cueur de celles, Qui tiennent foy à leurs Marys. Si le grand Rimeur de Paris Vient ung coup à veoir ceste Lettre, Il en vouldra oster, ou mettre, Car c’est le Roy des Corrigears. Et ma plume d’Oye, ou de Jars Se sent desjà plus errenée, Que ta grand vieille Haquenée : D’escrire aujourd’huy ne cessa. Des nouvelles de pardeçà, Le Roy va souvent à la chasse, Tant qu’il faut descendre la Chasse Saint Marceau pour faire pleuvoir. Or Lyon, puis qu’il t’a pleu veoir Mon Epistre jusques icy, Je te supply m’excuser, si Du Coq à l’Ase voys saultant, Et que ta plume en fasse aultant, Affin de dire en petit Metre, Ce que j’ay oublié d’y mettre.
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