Poème
L’hôtelière aveugle
par Eugène MANUEL
« A force de pleurer, elle a perdu les yeux ! » Voilà ce qu’on me dit de notre vieille hôtesse. Vous représentez-vous si cuisante tristesse? Le sondez-vous, ce deuil morne et silencieux? Où s’en va ce regard qui ne voit plus les cieux? Est-ce à quelque tombeau dont la pierre l’oppresse ? Non! mais vers son enfant qui, sans une caresse, A fui. — Perdu l’honneur, la tombe eût valu mieux! Sa fille — l’aventure est banale et connue — A laissé la maison, et n’est pas revenue; Et dix ans sont passés sans même un souvenir. Elle sait que l’enfant coupable n’est pas morte : Et, sous ce toit, qui s’ouvre à qui veut y venir, Ses yeux clos vont toujours du côté de la porte !
Connectez-vous pour laisser un commentaire.