Poème
La Chanson du vieux
par Claudius POPELIN
Je suis parti comme les autres, Aux rayons du soleil levant ; Et j’avais la foi des apôtres, Dans mes voiles soufflait le vent. Croyant à l’amour, à la gloire, Prompt aux juvéniles ébats, J’entonnais des chants de victoire Avant de livrer des combats. J’ai mis le cap sur bien des grêves, Guidé par le destin moqueur, Cherchant les femmes de mes rêves, Cherchant les amis de mon cœur. J’ai marché sur bien des couleuvres, Je me suis vu louer, honnir, Je ne sais si j’ai fait des œuvres, C’est le secret de l’avenir. J’ai trouvé dans ma longue voie Moins de sourires que de pleurs, Et, sort commun, pour un joie J’ai rencontré mille douleurs. Encore un effort et je touche Aux mornes lagunes du soir Où l’astre ensanglanté se couche Enroulé dans son manteau noir. Quand mon navire, en son désastre, Aura sombré dans le néant, Lorsque je serai, comme l’astre. Entré dans le gouffre béant. Têtes brunes et têtes blondes, Jeunes gens qui me survivrez, Cette loi, qui régit les mondes, Comme tout vous la subirez. Vous verrez de nouvelles choses, Vous cultiverez d’autres champs ; Tantôt joyeux, tantôt moroses, Vous chanterez de nouveaux chants. En attendant votre avarie, Si vous n’avez à faire mieux, Donnez, parfois, je vous en prie, Une pensée au pauvre vieux. Dites-vous que, l’âme hautaine, Sur son labeur, levant le front, Il est mort comme un capitaine Demeuré debout sur le pont. Et s’il fut, en cette demeure, Parmi ceux qui vous étaient chers, Mes amis, faites, à votre heure, Errer sur vos lèvres ses vers.
Connectez-vous pour laisser un commentaire.