Poème
Le credo du pauvre homme
par Eugène MANUEL
Mon Dieu, je ne suis qu’un pauvre homme, Vivant du travail de ses mains, Pareil à la bête de somme Qui trotte le long des chemins : Mais que ton bras s’appesantisse Ou m’épargne quand j’ai lutté, O Dieu, je crois à ta justice Encore plus qu’à ta bonté ! Il ne me faut sermon ni livre Pour voir, en y réfléchissant, Que, si tu m’as contraint de vivre, Maître invisible et tout-puissant, C’est que lu tiens une balance, Et que l’épreuve aura sa fin; C’est pourquoi j’accepte en silence Le froid, la fatigue et la faim. Par là, ma patience aidée Se résigne à son triste lot. Comment la plus sublime idée Ne serait-elle rien qu’un mot ? Quoi! sorti de la nuit profonde, J’aurais conçu, moi, dans mon coin, Une loi qui sauve le monde, Et que Dieu ne connaîtrait point? J’aurais mieux gouverné les choses? J’aurais été meilleur que lui? Etre caché, cause des causes, Que serions-nous sans ton appui ? Si le malheureux, pour refuge, Implore un père dans les cieux, Moi, je veux invoquer le juge : Et ma raison s’en trouve mieux! L’homme a, dans son étroit domaine, Dressé partout des tribunaux, Et pour lui la justice humaine Epuise en vain ses arsenaux : Faible image, pâle copie De cette éternelle équité Qui ne peut troubler que l’impie, Et dont je n’ai jamais douté! Je garderai ma foi robuste, En dépit des penseurs nouveaux. Le Dieu que j’aime, le Dieu juste, Me jugera ce que je vaux. Quoi qu’on rêve et quoi qu’on bâtisse Pour le bien de l’humanité, O Dieu, je crois à ta justice Encore plus qu’à ta bonté! L
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