Poème
Le lis blanc
par Eugène MANUEL
Oh! triste ! — Le lis blanc taché de boue immonde! La robe virginale arrachée en lambeau! Tout ce qu’on peut rêver de plus pur en ce monde, Tout ce que la jeunesse a de saint et de beau, L’innocence à quinze ans, l’oiseau qui s’effarouche, La rose ouverte à peine aux rayons du matin, Qui s’effeuille aussitôt sous le doigt qui la touche, La lèvre où reste encore un sourire enfantin : Tout est perdu, flétri, sans retour, sans remède! La honte a fait son œuvre ; un instant a suffi ; Car tu passais par là, misère, à qui tout cède, Sphinx dont la voix nous jette un éternel défi ! L’avez-vous vu sortir de cette noire allée, Le vice encor surpris qui ne se connaît pas, Le vice dans la fleur hier immaculée, La fillette de Greuze ayant glissé plus bas? L’enfant gauche, aux yeux bleus qui regardent en face, Et dont le doux regard veut être provocant? Timidité mourante et qui joue à l’audace, Dernière chasteté qui lutte en abdiquant ! Oh! triste! — La débauche a bien choisi sa proie. Dans un corps plus parfait jamais n’avait battu Un cœur mieux préparé pour toute honnête joie : Jamais vice n’avait promis plus de vertu! Tout est mort. Prends le deuil, ô foyer domestique! Maudit soit le premier, pour tant de lâcheté, Jeune ou vieux, riche ou pauvre, amoureux ou sceptique, Qui, voyant ce front-là, ne l’a point respecté!
Connectez-vous pour laisser un commentaire.