Poème
Le Pardon
par Claudius POPELIN
Ta gondole demeure amarrée au poteau ; Elle ne vogue plus, le soir, sur la lagune. L’injure t’a serré la gorge en son étau, Du jour où te trahit la belle dame brune. L’esprit de la vengeance, ainsi qu’un louveteau Qui se repaît de sang, grandit et t’importune, Et tu te vois sans cesse aiguisant ton couteau Sur le dur émeri de la sourde rancune. La haine fait ramper l’âme dans les bas-fonds, La voix de la colère aux indomptables bonds Comme un glas, sans répit, aux oreilles bourdonne. Va ! la clémence arbore un invincible écu. Qui ne sait pardonner n’est jamais qu’un vaincu, Mais on est un vainqueur aussitôt qu’on pardonne.
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