Poème
Le repos du paysan
par Eugène MANUEL
À mon ami Ch. Gounod L’office a commencé : l’église est large ouverte; La grosse voix du chantre éclate jusqu’à nous. On aperçoit, du seuil, les femmes à genoux ; Les hommes sont dehors, la tête découverte. Tandis que le serpent fait ses rauques accords, Debout, libres du poids des bêches et des pioches, Ils devisent entre eux, les deux mains dans leurs poches, Sous leurs habits de fête étirant leurs grands corps. C’est la loi du repos : ils ont, pour la journée, Quitté l’arpent de terre, à peine ensemencé; Sur les longs coteaux bruns le soc gît enfoncé; Dans les chaumes déserts la herse est retournée. Ils ont laissé les bœufs à l’étable accroupis, Et, comme eux absorbés dans un oubli paisible, Ils tournent par instants vers l’autel invisible Leur front, dont la sueur est sur tous nos épis ! Les bras ont travaillé, l’âme prend sa revanche : Car, redressant l’échine aux premiers carillons, Le rude paysan, le fils des noirs sillons, Courbé durant six jours, n’est droit que le dimanche. X
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