Poème
Le serpent
par Eugène MANUEL
Beuzeval, 1873. Le vicaire, en surplis, s’avançait gravement, Et scandait, les yeux clos ; le latin de l’Église ; Quelques enfants de chœur, qu’un bedeau brutalise, Suivaient, d’un air contrit que le regard dénient ; Et, devant eux, soufflant dans le rauque instrument Que sa forme, empruntée au démon, symbolise, Le chantre, vers l’enclos par qui tout s’égalise, Accompagnait les voix de moment en moment. Et j’écoutais, rêvant à ce moine mystique Qui, le premier, terrible au fond du chœur gothique, De ces bizarres sons effraya le saint lieu ; Et, domptant sous ses doigts pour en tirer la plainte, Le bois qui se replie et se tord sous l’étreinte, Fit redire au serpent les louanges de Dieu.
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