Poème
Le village
par Eugène MANUEL
Un village ! — voilà le vingtième peut-être. C’est le même toujours : on le fait reparaître! Chacun, pour l’œil, est si semblable à son voisin, Qu’on les fixerait tous en trois traits de fusain : Un fouillis de maisons, de granges, de clôtures; Le fin clocher qui pointe au-dessus des toitures; La ferme centenaire avec son mur détruit, Et, le long d’une haie, un chemin creux qui fuit. Mais le calme est si grand, mais la paix si profonde, On croit si bien qu’ici cessent les bruits du monde, Et que nul des soucis, nulle des passions Qui sont le lourd impôt de nos ambitions, Ne doit ici troubler, dans son divin mystère, L’entretien familier de l’homme et de la terre, Que, malgré le mécompte et le réveil certain, Je n’ai jamais pu voir un village lointain, Au flanc d’un bois, au pied d’un mont, au bord d’un fleuve, Sans rêver d’y renaître avec une âme neuve, Sans dire : « Le pays qu’il me faut, l’horizon Qui me plaît, les voilà! — J’y voudrais ma maison! »
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