Poème
Les heures
par Eugène MANUEL
Six heures : j’aperçois l’ondoyante fumée, Comme un adieu dans l’air, disparaître là-Las. Loin de moi j’ai laissé partir ma bien-aimée, Et je compte le temps, et je la suis tout bas. Huit heures : la nuit tombe, et l’herbe parfumée Sous la brume du soir mouille et glace mes pas. Seule, dans le wagon tristement renfermée, Elle songe à l’absence, et pleure, et n’y croit pas. Dix heures : tout a fui, coteaux, forêts et plaines. Enfiu dans l’ombre ont lui des clartés incertaines ; Je la vois qui franchit un seuil avec effort. Onze heures : son miroir lui dit qu’elle est jolie, Que déjà l’air marin l’a peut-être embellie ! Minuit : elle a prié; tout s’éteint ; elle dort.
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