Poème
Manne du ciel
par Claudius POPELIN
Va, ne redoute pas l’émotion profonde Qui nous prend à la gorge et fait jaillir nos pleurs. Celui que n’ont jamais secoué les douleurs Ainsi qu’un luth muet passe à travers le monde. L’homme, ici-bas, vois-tu, s’affine et se féconde Par le choc répété des intimes souleurs, Et notre esprit serait comme un jardin sans fleurs Si la douce pitié lui refusait son onde. Aussi n’esquive pas le regret qui te suit, Mais pense aux êtres chers disparus dans la nuit, Au vieux père si bon, à la mère si tendre. Alors tu sentiras, dans un chagrin sans fiel, Le long de ton visage une larme descendre. Cette larme, bois-la ; c’est la manne du ciel.
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