Poème
Métempsycose
par Claudius POPELIN
Pauvre petit baudet qui passes Et qui repasses dans Paris, Trottinant, les oreilles basses, Mon pauvre petit âne gris, Tu traînes ta pauvre boutique, Caparaçonné pauvrement ; Ton regard est mélancolique Comme un matin d’enterrement. Ton seul plaisir consiste à braire Quand tu rencontres un ami, Et, si tu te mets à le faire, Tu ne le fais pas à demi. A grands coups de trique on te brosse, Car le manant qui te conduit Sans rime ni raison te rosse Depuis l’aube jusqu’à la nuit. Ta vie est une triste chose, Mais le sage des maux se rit S’il croit à la métempsycose Que Pythagore nous apprit. Contemple cette dame en face. Belle des talons au chapeau. Un jour il se peut qu’il se fasse Que tu te trouves dans sa peau. Elle m’enivra de ses charmes... Or elle ne me connaît plus ! Ses dédains m’arrachent des larmes, Vains regrets et pleurs superflus ! En elle, si tu dois renaître, En toi, sans doute, elle entrera. Je forme un vœu : c’est celui d’être, Le rustre qui la mènera.
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