Poème
Orgue de Barbarie
par Eugène MANUEL
À mon ami Th. Nicol Une joueuse d’orgue était là, dans la rue; Et de joyeux enfants une bande accourue S’empressait alentour, et criait, et dansait, Sans voir que la pauvresse en jouant pâlissait : Car, tandis qu’un enfant, debout à côté d’elle, Tendait la main, qu’un autre étreignait sa mamelle, Dans un berceau fixé sur l’orgue, et retenu Par une vieille corde, un autre, demi-nu, L’œil clos, la lèvre bleue et les petits bras maigres, Couché sur l’instrument qui s’égaie en sons aigres, S’éteignait, ficelé dans des langes pourris! Il souffrait, il poussait parfois de faibles cris; Et la mère étouffait quelque larme nouvelle : Et toujours l’autre main tournait la manivelle; Et la polka stridente, au rythme sautillant, Succédait à la valse; et, toujours frétillant, La troupe des enfants suivait la pauvre femme, Qui voyait ces teints beaux et frais, la mort dans l’âme !
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