Poème
Pour la petite Princesse de Navarre, à Madame Marguerite
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Voyant que la Royne ma Mere Trouve à present la Ryme amere, Ma Dame, m’est prins fantasie De vous monstrer, qu’en Poesie Sa Fille suis. Arriere Prose, Puis que rimer maintenant j’ose. Pour commencer donc à Rimer, Vous pouvez (ma Dame) estimer, Quel joye à la Fille advenoit Sachant que la Mere venoit : Et quelle joye est advenue A toutes deux à sa venue. Si vous n’en sçavez rien, j’espere, Qu’au retour du Roy vostre Pere Semblable joye sentirez, Puis des nouvelles m’en direz. Or selon que j’avoye envye, Par eau jusques icy l’ay suyvie Avecques mon bon Perroquet Vestu de Vert, comme ung Bouquet De Marjolaine. Et audict lieu M’a suyvie mon Escurieu, Lequel tout le long de l’année Ne porte que robbe Tanée. J’ay aussi pour faire le tiers Amené Bure en ses Quartiers, Qui monstre bien à son visage, Que des trois n’est pas le plus sage. Ce sont là des nouvelles nostres : Mandez nous, s’il vous plaist, des vostres, Et d’aultres nouvelles aussy : Car nous en avons faulte icy. Si de la Court aulcun revient, Mandez nous (s’il vous en souvient) En quel estat il la laissa. Des nouvelles de pardeçà, Loyre est belle, et bonne Riviere, Qui de nous revoir est si fiere, Qu’elle en est enflée, et grossie, Et en bruyant nous remercie. Si vous l’eussiez donc abordée, Je croy, qu’elle fust desbordée : Car plus fiere seroit de vous, Qu’elle n’a pas esté de nous : Mais Dieu ce bien ne m’a donné, Que vostre chemin adonné Se soit icy : et fault que sente Parmy ceste joye presente La tristesse de ne vous veoir. Joye entiere on ne peult avoir, Tandis que l’on est en ce Monde : Mais affin que je ne me fonde Trop en Raison, icy je mande A vous, et à toute la Bande, Qu’Estienne ce plaisant Mignon De la dance du Compaignon (Que pour vous il a compassée) M’a jà fait Maistresse passée, De fine force (par mon Ame) De me dire, tourne ma Dame. Si tost qu’ensemble nous serons, Si Dieu plaist, nous la danserons. Ce temps pendant soit loing, soit pres, Croiez que je suis faicte expres Pour vous porter obeissance, Qui prendra tousjours accroissance, A mesure que je croistray : Et sur ce la fin je mettray A l’Escript de peu de value, Par qui humblement vous salue Celle, qui est vostre sans cesse Jane de Navarre Princesse.
Connectez-vous pour laisser un commentaire.