Poème
Pour Pierre Vuyart à Madame de Lorraine
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Je ne l’ay plus, liberalle Princesse, Je ne l’ay plus, par mort il a prins cesse Le bon Cheval, que j’eu de vostre grâce. N’en scauroit’on recouvrer de la race ? Certainement tandis que je l’avoye, Je ne trouvoys rien nuisant en la voye. En le menant pas Boys, et par Taillys, Mes yeux n’estoient de branches assaillys. En luy faisant gravir Roc, ou Montaigne, Aultant n’estoit que trotter en Campaigne. Aultant m’estoit Torrents, et grandes Eaux Passer sur luy, comme petis Ruisseaux. Car il sembloit, que les Pierres se ostassent De tous les lieux, où ses piedz se boutassent. Que diray plus ? Onc voiage ne feit Avecques moy, dont il ne vint proffit : Mais maintenant toutes choses me grevent. Branches au Boys les yeux quasi me crevent : Car le Cheval que je pourmaine, et maine, Est malheureux, et bunche en pleine Plaine : Petis Ruisseaux, grands Rivieres luy semblent : Pierres, Cailloux en son chemin s’assemblent, Et ne me donne en voiages bon heur. O Dame illustre, O parangon d’honneur, Dont proceda le grand bon heur secret Du Cheval mort, où j’ay tant de regret ? Il ne vint point de Cheval ; ne de Selle : J’ay ceste foy, qu’il proceda de celle, Par qui je l’eu. Or en suis desmonté, La Mort l’a pris, la Mort l’a surmonté : Mais c’est tout ung, vostre bonté naifve Morte n’est pas : ainçoys est si tresvive, Qu’elle pourroit, non le resusciter, Mais d’ung pareil bien me faire heriter. S’il advient donc, que par la bonté vostre Monseigneur fasse ung de ses Chevaulx nostre, Treshumblement le supply, qu’il luy plaise Ne me monter doulcement, et à l’aise. Je ne veulx point de ces doulcetz Chevaulx, Tant que pourray endurer les travaulx : Je ne veulx point de Mulle, ne Mullet, Tant que je soys Vieillard blanc comme laict : Je ne veulx point de blanche Hacquenée, Tant que je soys Damoyselle atournée. Que veulx je donc ? ung Courtault furieux, Ung Courtault brave, ung Courtault glorieux, Qui ait en l’ai ruade furieuse ; Glorieux Trot, la Bride glorieuse. Si je l’ay tel, fort furieusement Le picqueray, et glorieusement. Conclusion, si vous me voulez croire, D’homme, et Cheval ce ne sera que gloire.
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