Poème
Rara avis
par Claudius POPELIN
Toi qui penses, dans ta voie, Trouver, au nid de la joie, L’oiseau rare du bonheur, Tu lasseras ton haleine A le chercher dans la plaine, Malencontreux promeneur ! Il n’est pas dans les campagnes, Au désert, sur les montagnes, Dans les forêts il n’est pas ; A le chercher par les villes, Sur les caps et dans les îles, Tu fatigueras tes pas. Dans les profondes vallées, Sur les crêtes dentelées Tu feras ton campement, Et tu poursuivras ta course De l’embouchure à la source Vainement et vainement. De l’Inde aux deux Amériques, De l’Equateur aux tropiques Et des gouffres aux sommets, Sur les terres et sur l’onde Tu feras le tour du Monde Sans le rencontrer jamais, En aucun point de la Terre, De l’un à l’autre hémisphère, Du jeune au vieux continent, Ni des glaces boréales Aux solitudes australes, Ni du Levant au Ponant. Ami, reste en ton ornière. Château fort, maison, chaumière, Bateau, creux d’arbre, pavé, Où, dès ton premier sourire. Ta mère t’apprit à dire Ton pater et ton ave. Car l’oiseau bleu de ton rêve, Cherché sans repos ni trêve, Le bel oiseau bleu vainqueur, En dépit des apparences, N’est pas si loin que tu penses : Il est au fond de ton cœur.
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