Poème
Remember
par Claudius POPELIN
C’était par un beau soir, le grand esprit de Dieu, Suspendant notre âme ravie, Fécondait toute chose et versait en tout lieu La Beauté, la Force et la Vie. Les horizons d’azur, dans des lointains nacrés. Ondulaient en des lignes pures, Le soleil répandait sur les champs diaprés Le riche éclat de ses dorures. Le feuillage éploré des saules gracieux Trempait dans les eaux fugitives, Les ajoncs balancés au vent harmonieux Voilaient la nudité des rives. Nous écoutions en nous chanter un hymne saint D’une ineffable mélodie, Et nous sentions brûlante, au fond de notre sein, La flamme d’un doux incendie, Et les ardents désirs, pleuvant de toutes parts, Nous transperçaient comme des glaives, Et nous étions muets, confondant nos regards Et confondant aussi nos rêves. Je pris alors la main dans ma main et te dis : « Je sais un petit coin de terre. Suis-moi, nous y pourrons trouver un paradis Préférable encore à Cythère. La joie, en cet endroit, se charge du décor, Eros n’y vient que privé d’ailes, Et la grâce y mûrit ses belles grappes d’or Sur l’arbre des amours fidèles. » Toi tu me répondis, avec un son de voix A rendre jaloux les archanges : » Allons où tu voudras, les vœux ce sont mes lois, Mon pain est le pain que lu manges. Allons par la prairie, allons par le chemin, Va, je ne serai jamais lasse, Pourvu que, tout le temps, nous nous donnions la main, Et pourvu que ton liras m’enlace ; Pourvu que tes accents, pleins de douce ferveur, Me bercent de tendres paroles, Pourvu que ton regard mette à mon front rêveur Le pur éclat des auréoles. Je te suivrai partout, à tes pas, en tous lieux, Attachée ainsi que ton ombre, Sur la plage où s’étend la clémence des cieux Comme au fond de la gorge sombre ; Où tu voudras, partout, sur les pôles glacés, Par delà les mobiles ondes, Dans les vallons fleuris, comme au bord des fossés, Dans les foyers de tous les mondes. Puisque ma volonté n’est que ta volonté, Que je suis un autre toi-même, Que je te livre tout, jusques à ma fierté, Puisque je te dis que je t’aime. Je suis tienne, ainsi donc, allons où tu voudras. Ce qui n’est pas loi je l’ignore. » Moi je ne sus qu’ouvrir et refermer les bras Que je n’ai pas rouverts encore. Et nous voguons depuis sur l’esquif enchanté Qui, longeant les sereines plages, N’ancre jamais qu’aux ports de la félicité, Sans plus redouter les naufrages. Mais, parfois, si l’Autan, vers un même péril Nous pousse loin de ce domaine, Le zéphyr embaumé d’un immortel Avril Aux paisibles bords nous ramène. Un même espoir, sans cesse, un même élan, toujours, Font enfler notre unique voile, Nous suivons, enlacés, notre même parcours. Les yeux sur une même étoile. Nous avons en commun mis la joie et les pleurs, Pour tresser notre douce chaîne ; Et notre bel amour est plus pur que les fleurs, Il est plus robuste qu’un chêne.
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