Poème
Saint-Mandrier
par Eugène MANUEL
O rêve d’Orient sur la plage de France ! Le ciel de Grèce a-t-il pareille transparence ? Les orangers en fleurs parfument le jardin; Le long de la terrasse et sur chaque gradin, Hérissant leurs buissons épais en mille formes, Les robustes cactus poussent leurs mains énormes Dont on suit sur le roc les jeux extravagants ; Parmi les aloès, les palmiers élégants Découpent dans l’azur leur tête couronnée ; A leurs pieds vient dormir la Méditerranée : Et ces flots, et ce ciel, et ce parc embaumé Semblent un paradis choisi pour l’être aimé. On y sent le repos divin dans l’innocence : On imagine ainsi la terre à sa naissance. Déjà je m’y transporte et prête ce décor Au bonheur idéal et pur de l’âge d’or ! Ainsi prenait son vol ma rêverie ailée : Quand soudain, en fouillant du regard une allée, Je vis glisser là-bas, sous le riant couvert, Une casaque rouge avec un bonnet vert. Toulon, 1859.
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