Poème
Séparation
par Eugène MANUEL
À J Carnet de voyage, 1875. On a voulu partir ; on part : on le regrette ! Je voudrais à ce train crier : « Recule ! arrête ! » Je me dis : « A quoi bon? qu’ai-je à faire là-bas ? Se peut-il que j’arrive où tu ne seras pas ? » Je sens encor ta lèvre, — et déjà quinze lieues ! Oh! qui nous les rendra nos petites banlieues, Où l’on peut se rejoindre à dîner, où, le soir, On se retrouve ensemble, heureux de se revoir, De passer doucement, comme autrefois, des heures Que nous oublions trop, — car ce sont les meilleures, Au crépuscule, au fond du jardin, sur un banc, Ou dans le bois voisin, près du bord de l’étang, Ou même, sans aller aussi loin, sur la route, Parfois poudreuse, mais si calme, que l’on doute Si l’on doit souhaiter, quand on y rêve ainsi, Loin de toute contrainte et loin de tout souci, Paris avec son luxe — et même avec sa gloire! Oh ! de ce vide affreux gardons bien la mémoire ! Ne jouons plus avec les adieux, et songeons A prendre un peu pour nous la fable des Pigeons ! D’un plaisir incertain la douleur est certaine : — Au retour, nous lirons ensemble La Fontaine !
Connectez-vous pour laisser un commentaire.