Poème
Vieux enfants
par Eugène MANUEL
À J Carnet de voyage, 1877. J’y songe bien souvent : notre avenir s’arrête A nous deux! Nulle aurore après nous ne s’apprête ; Pour nous, demain se perd dans d’éternels brouillards ; Nos seuls petits-enfants, à nous, sont des vieillards; Dans nos affections, c’est le passé qui compte ; Et, pour aimer, il faut que notre amour remonte ! Mornes, près d’un foyer pour d’autres si vivant, Nous regardons derrière, hélas! jamais devant. Notre horizon prochain n’a que teintes livides : Il nous parle d’adieux, de départs et de vides ! C’est là ce qui m’attriste, alors que je suis loin. Ce sont de jeunes cœurs dont ton cœur a besoin! Si la mère a son fils auprès d’elle, ou sa fille, L’homme avec moins d’ennui laisse au loin la famille. On nous regrette! Mais, quand l’enfant a souri, Tout est bien : vous pouvez vous passer du mari ! Avec ces chers marmots comme la vie est belle ! Il vient d’en arriver toute une ribambelle Dans le compartiment voisin : ce sont des cris, Des rires ! — Ne voulant pleurer seul, je t’écris.
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