Poème
Villanelle
par Eugène MANUEL
Avec sa beauté de vingt ans, Elle était partie, au printemps, De son village. Un jour d’hiver elle y revint, N’ayant plus ni trente ans, ni vingt, Vieille avant l’âge ! Ah ! cité, cité de Paris, A cette enfant qu’avez-vous pris ? Amour, quels biens tu nous offrais ! Elle avait an teint rose et frais De pêche mûre, Et vous parlait si chastement, Qu’on n’entendait plus, par moment, Qu’un doux murmure ! Ah ! cité, cité de Paris, Ce teint d’enfant vous l’avez pris ! Elle avait des yeux étonnés Que tout désir eùt profanées Son âme frère A Dieu seul eùt voulu s’offrir Ses lèvres me semblaient s’ouvrir Q’à la priere ! Ah! cité, cité de Paris, Ce cœur d’enants vous l’avez pris Elle des regards conffrontés Qu’elle attache de tous côtés Sans nulle honte: Son rire a des éclats méchants; Le rouge, en entendant ses chants, Au front vous monte ! Ah! cité, cité de Paris, Son doux rire, vous l’avez pris Elle a le geste libertin, Sous une robe de satin Qui traîne usée ! La bague qui brille à son doigt N’est pas l’anneau sacré qu’on doit A l’épousée! Ah! cité, cité de Paris, L’honneur loyal, vous l’avez pris! Les bonnes femmes du pays Vous ont des airs tout ébahis A leur fenêtre, Et disent : « Qui donc vient là-bas ? » Puis se détournent, n’osant pas La reconnaître ! Ah ! cité, cité de Paris, Tout son passé, vous l’avez pris ! La fièvre est dans ses yeux ardents ; Elle a perdra cheveux et dents, Gaîté, folie. Jeunesse, hélas ! que tout est loin ! Pauvre fille, meurs dans un coin, Ah ! cité, cité de Paris, Cruelle vous avez tout pris !
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