Poème 'Paris vaisseau de charge' de Charles PÉGUY dans 'La Tapisserie de Notre-Dame'

Paris vaisseau de charge

Charles PÉGUY
Recueil : "La Tapisserie de Notre-Dame"

Double vaisseau de charge aux deux rives de Seine,
Vaisseau de pourpre et d’or, de myrrhe et de cinname,
Vaisseau de blé, de seigle, et de justesse d’âme,
D’humilité, d’orgueil, et de simple verveine ;

Nos pères t’ont comblé d’une si longue peine,
Depuis mille et mille ans que tu viens à la lame,
Que nulle cargaison n’est si lourde à la rame,
Et que nul bâtiment n’a la panse aussi pleine

Mais nous apporterons un regret si sévère,
Et si nourri d’honneur, et si creusé de flamme,
Que le chef le prendra pour un sac de prière,

Et le fera hisser jusque sous l’oriflamme,
Navire appareillé sous Septime Sévère,
Double vaisseau de charge aux pieds de Notre Dame.

1913

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Commentaires

  1. Nef d’argent
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    Une nef invisible avance sur la Seine.
    Seul, un très vieux rêveur voit son reflet d’argent
    Et le moine en un livre à la proue se plongeant ;
    Or, le nom de la nef est « Songe de Vincennes ».

    D’argent aussi s’envole une mouette sereine,
    Avec sa soeur de sable un regard échangeant ;
    Un astre inframondain, que ne voient pas les gens,
    Tire de son sommeil l’invisible sirène.

    Le navire parcourt les âges disparus,
    Les beaux jours parisiens qu’on ne reverra plus,
    Mais que conserve au chaud un vestige de flamme.

    Le moine lit des mots dans l’air frais du matin,
    Qu’écrivit un abbé du vieux Quartier Latin ;
    Il ne voit pas très bien, il lit avec son âme.

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