Poème 'Paris vaisseau de guerre' de Charles PÉGUY dans 'La Tapisserie de Notre-Dame'

Paris vaisseau de guerre

Charles PÉGUY
Recueil : "La Tapisserie de Notre-Dame"

Double vaisseau de ligne au long des colonnades,
Autrefois bâtiment au centuple sabord,
Aujourd’hui lourde usine, énorme coffre-fort
Fermé sur le secret des sourdes canonnades.

Nos pères t’ont dansé de chaudes sérénades,
Ils t’ont fleuri du sang de la plus belle mort,
Quand au gaillard d’avant vers l’un et l’autre bord
Bondissait le troupeau des graves caronades.

Mais nous apporterons à tes destins géants
Un cœur si sérieux et si brûlé de flamme,
Un cœur si curieux de tous les océans,

Soldats fils de soldats sous la même oriflamme,
Qu’on nous mettra valets de tes canons béants,
Monstres verts accroupis aux pieds de Notre Dame.

1913

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Commentaires

  1. Vaisseau de Polyphème
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    Jadis le grand Cyclope allait en promenade
    Sur les flots transparents, naviguant loin des ports ;
    Il préférait les jours où le vent soufflait fort,
    Déployant sa vigueur ainsi qu’une Ménade.

    Volontiers la sirène avec lui se balade,
    Qui jure comme lui par les mille sabords ;
    Son joli chant séduit le cuisinier du bord
    Et ce bon compagnon, le dauphin des Cyclades.

    Je les vois méditer sur l’Être et le Néant
    À l’heure vespérale où le Ponant s’enflamme,
    Où le soleil s’en va dormir sous l’Océan.

    La nef n’a pas d’enseigne et n’a pas d’oriflamme,
    Mais le couchant rougit le casque du Géant,
    Fils de Poséidon et d’une noble Dame.

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