Poème 'À te vouloir dressée' de PalabrasSinTierra

À te vouloir dressée

PalabrasSinTierra

À te vouloir dressée, je me heurte à moi-même, en abîme je sombre. J’ai dû lâcher les guides, bienvenue à ta rage, ne me reconnais plus.

Dans tous les courants, goutte à goutte tu te glisses. De boîtes en boîtes, de caves en réduits, de hangars en chambrées, tu te disperses. Dans les fumées, tu montes et descends, en taxi, en avion, que sais-je encore. Des bulles de sueurs qui ne sont pas les tiennes couvrent ton front, ta nuque. Résonnent entre tes amis les rires et les cris ; la claque les hoquets répondent aux grognements.

Tu n’es plus sur aucun rail. Tu as lâché tout ça pour d’autres attirails. La poussière froide du béton, l’odeur fade du plastique chaud, l’ambre du cuir, l’acide des fers forment le décor. La chaleur de ton sang sous la peau, la piqûre de l’officiant, la brûlure de ton sang qui déborde sont les étapes de la cérémonie. À chaque station, lanières et lambeaux qui cinglent, aplats qui cognent, scandent les tableaux.

Tu es à genoux, tu vas sur les mains, les genoux, ta tête balance. Tes yeux se sont perdus loin, très loin, derrière ton masque. Tes yeux se sont perdus loin, très loin, en avant ; éclaireurs, porteurs d’un rêve solitaire, celui qu’il t’a prédit, celui qu’il a voulu pour toi, celui qu’il a voulu pour loi.

Tu vas, ton corps comme patrie, ses confins dans ta tête. Tu joutes toujours plus fort contre tes cloisons, tes margelles, tes murs. Jamais ne lâchant le fil, jamais ne sachant quels degrés tu as gravis descendus sautés, tu ne tiens plus la rampe.

À te vouloir dressée comme nulle embûche plus haute, à ton dos tourné, je me heurte. De trois quarts, de temps en temps, tu me souris.

Jusqu’où l’ombre portée ? Jusqu’où a-t-il imprimé sa loi ? Jusqu’où vous entraînera-t-il les trois ?

Dans ces trois mêmes courses, ces trois plongées dans vos trois gouffres, étroits pertuis, profondes failles, crevasses moites, détroits écartelés, entrées et sorties, inextricables fragrances, dans tout ce vacarme, en toi plonge et broie la volonté têtue, l’instinct de toute volonté vive, choses rondes et aigües pourtant qui forment cascades écarlates et blanches, chaudes et écrues.

À te vouloir dressée, toujours plus fière, plus sûre, offerte à toutes averses, ouverte à tous les vents, tête aveugle, racines fouisseuses, affamées de sève, assoiffées de cristaux qui roulent sous la langue, tu n’as fait que grandir. Dressée, giflée, parcourue de rigoles de larges flammes aux yeux jaunes, cuisses à demies immergées dans les flaques, les mares, la vase laissée par l’inondation, tu les appelles et toujours d’autres viennent, parfois à peine entrouverts, verser sur toi l’écot liquide.

A te vouloir dressée, je t’ai aidée à te faire panthère à peau d’hommes. Au vrai, tu es heureuse et c’est bon. Tu te livres à tous mais tu les enserres. Ton herbier compte des milliers de tiges, cueillies par tous les temps, sur chaque plage. Tous croient fermement être grands, mais tous paient ton péage, en dures et longues monnaies de singe. Ils signent tous au bas de tes pages avec leur plume de coq de leur encre visqueuse.

Je ne suis rien de plus qu’eux mais, de mon encre à moi, je ne fais que noircir des pages pour que, dans ton bonheur, tu ne m’oublies pas.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

Aucun commentaire

Rédiger un commentaire

PalabrasSinTierra

Image de PalabrasSinTierra

Nom : T.

Prénom : Jean-Luc

Naissance : 23/08/1961

Présentation : Je griffonne depuis toujours. Je lis de la poésie tous les jours depuis toujours. Bonheur, malheur, quiétude ou tempêtes, tout m'est prétexte à poéter un peu... Je me décide à m'inscrire...

Accéder à sa page de poésie

© 2020 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS