Poème 'La Fauvette du calvaire' de Hégésippe MOREAU dans 'Œuvres de Hégésippe Moreau'

La Fauvette du calvaire

Hégésippe MOREAU
Recueil : "Œuvres de Hégésippe Moreau"

Fabliau normand

Aux amis de M. M***, qui me conseillaient de lui rendre visite
pour le consoler d’un grand malheur.

Oh ! non, je n’irai pas, sous son toit solitaire,
Troubler ce juste en pleurs par le bruit de mes pas ;
Car il est, voyez-vous, de grands deuils sur la terre,
Devant qui l’amitié doit prier et se taire :
Oh ! non, je n’irai pas.

Lorsque de ses douleurs le blond fils de Marie,
Mourant, réjouissait Sion et Samarie,
Hérode, Pilate et l’enfer ;
Son agonie émut d’une pitié profonde
Les anges dans le ciel, les femmes en ce monde
Et les petits oiseaux dans l’air.

Et, sur le Golgotha noir du peuple infidèle,
Quand les vautours, à grand bruit d’aile,
Flairant la mort, volaient en rond ;
Sortant d’un bois en fleur au pied de la colline,
Une fauvette pèlerine
Pour consoler Jésus se posa sur son front.

Oubliant pour la Croix son doux nid sur la branche,
Elle chantait, pleurait et piétinait en vain,
Et de son bec pieux mordait l’épine blanche,
Vermeille, hélas, du sang divin :
Et l’ironique diadème
Pesait plus douloureux au front du moribond,
Et Jésus, souriant d’un sourire suprême,
Dit à la fauvette : À quoi bon ?…

À quoi bon te rougir aux blessures divines ?
Aux clous du saint gibet à quoi bon t’écorcher ?
Il est, petit oiseau, des maux et des épines
Que du front et du cœur on ne peut arracher.

La tempête qui m’environne
Jette au vent ta plume et ta voix,
Et ton stérile effort, au poids de ma couronne,
Sans même l’effeuiller ajoute un nouveau poids.

La fauvette comprit, et, déployant son aile,
Au perchoir épineux déchirée à moitié,
Dans son nid, que berçait la branche maternelle,
Courut ensevelir ses chants et sa pitié.

Oh ! non, je n’irai pas, sous ce toit solitaire,
Troubler ce juste en pleurs par le bruit de mes pas ;
Car il est, voyez-vous, de grands deuils sur la terre,
Devant qui l’amitié doit prier et se taire :
Oh ! non, je n’irai pas.

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Commentaires

  1. Pont de la Fauvette
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    Jadis, auprès du pont, poussait un noisetier.
    Le chantier d’une route a ravagé la plaine,
    Les gens en ont besoin pour leurs courses lointaines;
    Il n’est plus rien resté du timide sentier.

    Le chêne de ces lieux en eut bien de la la peine,
    Sur l’âme de l’arbuste on l’entendit prier ;
    Les chênes sont souvent amis des coudriers,
    Que le même zéphir baigne de son haleine.

    Quand revient le printemps, que chantent les avettes,
    Qu’au ciel on voit briller la lune des fauvettes,
    Revient ce noisetier au sentier disparu.

    Cet arbre qui n’est plus peut oublier ses larmes
    Avec ses compagnons, l’aubépine et le charme ;
    L’eau passe près du lieu où l’arbuste mourut.

  2. Voyage cosmique de l’oiseleur
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    Il quitte son logis dont le plafond est bas,
    Il se sépare aussi des disciples qu’il aime,
    Il doit s’en aller loin du solaire système
    Pour rejoindre un endroit que tu ne connais pas.

    C’est un être d’errance et non pas de combat,
    S’éloignant de la Terre et de la Lune blême.
    Au long de cette route il compose un poème
    Qui parle de la vie et surtout du trépas.

    Il n’a pas pris pour but une vaste planète
    Mais plus modestement, la Lune des Fauvettes :
    Sa rutilante nef en connaît le chemin.

    S’il gagne cet endroit, ce n’est point par caprice,
    C’est parce qu’un grand scribe écrivit de sa main
    Qu’il devait rencontrer l’Oiselle Impératrice.

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