Poème 'Moine Sauvage' de Émile VERHAEREN dans 'Les Moines'

Moine Sauvage

Émile VERHAEREN
Recueil : "Les Moines"

On trouve encor de grands moines que l’on croirait
Sortis de la nocturne horreur d’une forêt.

Ils vivent ignorés en de vieux monastères,
Au fond du cloître, ainsi que des marbres austères.

Et l’épouvantement des grands bois résineux
Roule avec sa tempête et sa terreur en eux.

Leur barbe flotte au vent comme un taillis de verne,
Et leur œil est luisant comme une eau de caverne.

Et leur grand corps drapé des longs plis de leur froc
Semble surgir debout dans les parois d’un roc.

Eux seuls, parmi ces temps de grandeur outragée,
Ont maintenu debout leur âme ensauvagée ;

Leur esprit, hérissé comme un buisson de fer,
N’a jamais remué qu’à la peur de l’enfer ;

Ils n’ont jamais compris qu’un Dieu porteur de foudre
Et cassant l’univers que rien ne peut absoudre,

Et des vieux Christs hagards, horribles, écumants,
Tels que les ont grandis les maîtres allemands,

Avec la tête en loque et les mains large-ouvertes
Et les deux pieds crispés autour de leurs croix vertes

Et les saints à genoux sous un feu de tourment,
Qui leur brûlait les os et les chairs lentement ;

Et les vierges, dans les cirques et les batailles,
Donnant aux lions roux à lécher leurs entrailles ;

Et les pénitents noirs qui, les yeux sur le pain,
Se laissaient, dans leur nuit rouge, mourir de faim.

Et tels s’useront-ils en de vieux monastères,
Au fond du cloître, ainsi que des marbres austères.

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Commentaires

  1. Arbre sauvage
    ----------------

    Cet arbre est un ermite, et parfois l'on croirait
    Qu'il aimerait pousser bien loin d'une forêt,
    Peut-être dans un cloître au coeur d'un monastère,
    N'ayant pour compagnons que des moines austères.

    Lassé de côtoyer les sapins résineux,
    Il ne tourne jamais son attention vers eux,
    Mais vers le froid brouillard, vers les nuages ternes,
    Vers le cyclope âgé qui dort en sa caverne.

    Sur ses branches, parfois, peut se percher un coq ;
    Le grand chêne, aussitôt, devient froid comme un roc,
    Sombre comme serait la vestale outragée
    Si au temple venait la foule ensauvagée.

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Émile VERHAEREN

Portait de Émile VERHAEREN

Émile Adolphe Gustave Verhaeren, né à Saint-Amand dans la province d’Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916, est un poète belge flamand, d’expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale lui fait évoquer les grandes villes... [Lire la suite]

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