Poème 'La Tour de Nesle' de Aloysius BERTRAND dans 'Gaspard de la nuit'

La Tour de Nesle

Aloysius BERTRAND
Recueil : "Gaspard de la nuit"

-  » Valet de trèfle !  » –  » Dame de pique ! de gagne !  » -
Et le soudard qui perdait envoya d’un coup de poing sur
la table son enjeu au plancher.

Mais alors messire Hugues, le prévôt, cracha dans le bra-
sier de fer avec la grimace d’un cagou qui a avalé une
araignée en mangeant sa soupe.

-  » Pouah ! les chaircuitiers, échaudent-ils leurs cochons
à minuit ? Ventre-dieu ! c’est un bateau de feurre qui
brûle en Seine !  »

L’incendie, qui n’était d’abord qu’un innocent follet
égaré dans les brouillards de la rivière, fut bientôt
un diable à quatre tirant le canon et force arquebusades
au fil de l’eau.

Une foule innombrable de turlupins, de béquillards, de
gueux de nuit, accourus sur la grève, dansaient des gigues
devant la spirale de flamme et de fumée.

Et rougeoyaient face à face la tour de Nesle, d’où le
guet sortit, l’escopette sur l’épaule, et la tour du
Louvre d’où, par une fenêtre, le roi et la reine voyaient
tout sans être vus.

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Commentaires

  1. je ne voie pas de commentaire de texte!!!!!!

  2. Tour ésotérique
    ----------------

    En la tour se produit un mystère subtil
    Sur lequel, cependant, je ne peux rien écrire ;
    Et prenez garde à ceux qui vous l’offrent à lire,
    Dont le coeur et l’esprit sont pervers, semble-t-il.

    Ils disent qu’un miracle est un poisson d’avril,
    Ils goûtent le sacré, mais ils ne font qu’en rire,
    Mêlant dans leurs propos le meilleur et le pire ;
    Eux qui de la magie font un commerce vil.

    Laissez-les s’égarer dans leur vaine risée
    Qui en grande sagesse est bien mal déguisée ;
    Car d’un projet stupide, ils sont les techniciens.

    Lisez donc des anciens les discours véritables,
    Sans oublier d’avoir bouteille sur la table ;
    Ainsi vous monterez au ciel platonicien.

  3. Tour et scriptorium
    -----------------

    En la tour vénérable est un scribe subtil
    Qui tout au long du jour traduit «L’Enfer» de Dante;
    Il boit le vin qu’apporte une jeune servante
    Dont le regard est vif derrière ses longs cils.

    « Relisez mon travail, Jeannette, lui dit-il,
    Pour moi votre opinion est vraiment importante;
    Car vous pouvez juger cet exploit que je tente
    Et lire cet écrit sans en perdre le fil. »

    « Jadis j’offrais à boire à la table du roi,
    Mais ma nouvelle place est mieux faite pour moi ;
    Je n’ai regret des ducs ni des grands personnages. »

    Ils ont ainsi parlé, puis le soir est venu
    Chez eux comme un voleur, à petits pas menus,
    L’oeuvre de la journée fut à peine trois pages.

  4. Cuisine interne

    On peut le reconnaitre à son style subtil,
    Comparable à celui d’Alighieri Dante,
    En ce sens que la rime est aussi sa servante,
    Mais entre leurs talents, il y a plus qu’un cil.

    Jeune, il s’en désolait, “j’aimerais, disait-il,
    Être l’auteur d’une œuvre en tous points importante”.
    Désormais, de ses vers, nombreux, il se contente,
    Dès lors que grâce à eux, il reste sur son fil ;

    Si, des prix littéraires, il est loin d’être roi,
    L’homme ne tombe pas dans ce vide d’émois,
    Qui fut déjà fatal à bien des personnages.

    Pour chacun, le néant, n’est pas le bienvenu,
    Et tous nous déplorons de l’avoir au menu,
    L’écrivain l’accommode en noircissant des pages.

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Aloysius BERTRAND

Portait de Aloysius BERTRAND

Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand est un poète, dramaturge et journaliste français, né le 20 avril 1807 à Ceva (Piémont), mort le 29 avril 1841, à dix heures du matin, à l’hôpital Necker de Paris. Considéré comme l’inventeur du poème en prose, il est notamment l’auteur d’une œuvre... [Lire la suite]

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