Poème 'Le bibliophile' de Aloysius BERTRAND dans 'Gaspard de la nuit'

Le bibliophile

Aloysius BERTRAND
Recueil : "Gaspard de la nuit"

Ce n’était pas quelque tableau de l’école flamande, un
David-Téniers, un Breughel d’Enfer, enfumé à n’y pas
voir le diable.

C’était un manuscrit rongé des rats par les bords, d’une
écriture toute enchevêtrée, et d’une encre bleue et rouge.

-  » Je soupçonne l’auteur, dit le Bibliophile, d’avoir
écu vers la fin du règne de Louis douze, ce roi de pater-
nelle et plantureuse mémoire.  »

 » Oui, continua-t-il d’un air grave et méditatif, oui,
il aura été clerc dans la maison des sires de Chateau-
vieux.  »

Ici, il feuilleta un énorme in-folio ayant pour titre le
Nobiliaire de France, dans lequel il ne trouva mentionnés
que les sires de Chateauneuf.

-  » N’importe ! dit-il un peu confus, Chateauneuf et
Chateauvieux ne sont qu’un même château. Aussi bien il
est temps de débaptiser le Pont-Neuf. « 

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Commentaires

  1. Un vieux bouquin pour Verlaine (Pays de Poésie, 27-10-13)
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    On chasse le vieux livre, on s’y prend patiemment.
    Scrutant l’empilement jusqu’à l’instable cime,
    Poussant le bouquiniste en son retranchement,
    On cherche le trésor que si fort on estime.

    Le livre toutefois, caché sournoisement
    Dans le fond d’un tiroir, sait qu’il est rarissime
    Et ne se montre point. Mais au bout d’un moment,
    Il convient que l’on peut s’afficher magnanime ;

    Il surgit, au grand jour. Le bon client s’exclame :
    « C’est toi ! je t’ai cherché, remarquable bouquin,
    Et je te trouve ici ! Allons ! Petit coquin !

    Depuis trente ans, je vois ton nom sur mon programme
    De lecture, et je vais te lire cette nuit. »
    (Le lisant, il n’en est que faiblement séduit)

  2. Ambicaprin
    ---------------

    Voici l’ambicaprin, qui drague patiemment,
    Atteignant chaque jour l’inaccessible cime,
    Poussant sa favorite en ses retranchements,
    Devenant un héros pour gagner son estime.

    Jamais l’ambicaprin n’agit sournoisement,
    S’il est des exceptions, elles sont rarissimes
    Et ne se disent point. C’est un si fol amant,
    Un vainqueur si charmant, un roi si magnanime !

    S’il surgit, au grand jour, la biquette s’exclame :
    « C’est toi ! je t’ai cherché, facétieux Arlequin,
    Et je te trouve ici ! Allons ! Quel grand coquin !»

    Il a noté déjà cent noms sur son programme ;
    A-t-il assez de jours, a-t-il assez de nuits ?
    Et sera-t-il un jour un séducteur séduit ?

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Aloysius BERTRAND

Portait de Aloysius BERTRAND

Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand est un poète, dramaturge et journaliste français, né le 20 avril 1807 à Ceva (Piémont), mort le 29 avril 1841, à dix heures du matin, à l’hôpital Necker de Paris. Considéré comme l’inventeur du poème en prose, il est notamment l’auteur d’une œuvre... [Lire la suite]

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