Poème 'Le grillon' de Marceline DESBORDES-VALMORE dans 'Elégies'

Le grillon

Marceline DESBORDES-VALMORE
Recueil : "Elégies"

Triste à ma cellule,
Quand la nuit s’abat,
Je n’ai de pendule
Que mon coeur qui bat ;
Si l’ombre changeante
Noircit mon séjour,
Quelque atome chante,
Qui m’apprend le jour.

Dans ma cheminée,
Un grillon fervent
Faisant sa tournée
Jette un cri vivant :
C’est à moi qu’il livre
Son fin carillon,
Tout charmé de vivre
Et d’être grillon.

La bonté du maître
Se glisse en tout lieu ;
Son plus petit être
Fait songer à Dieu.
Sait-il qu’on l’envie,
Seul et ténébreux ?
Il aime la vie,
Il est bien heureux !

La guerre enfiévrée
Passait l’autrefois,
Lionne effarée,
Broyant corps et voix ;
Mon voisin l’atome
Fut mon seul gardien,
Joyeux comme un gnome
A qui tout n’est rien.

Dieu nous fit, me semble,
Quelque parité :
Au même âtre ensemble
Nous avons chanté.
Il me frappe l’heure,
Je chauffe ses jours ;
Mais, femme, je pleure ;
Lui, chante toujours.

Si jamais la fée
Au soulier d’azur,
D’orage étouffée,
Entre dans mon mur,
Plus humble et moins grande
Que sa Cendrillon,
Oh ! Qu’elle me rende
Heureuse, ou grillon !

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Commentaires

  1. Le grillon, modèle pour les ermites, héros des lieux obscurs et pauvres!

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Marceline DESBORDES-VALMORE

Portait de Marceline DESBORDES-VALMORE

Marceline Desbordes-Valmore, née à Douai le 20 juin 1786 et morte à Paris le 23 juillet 1859, est une poétesse française. Elle est la fille d’un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution. À la fin de 1801, après un séjour à Rochefort et à Bordeaux, Marceline et sa mère... [Lire la suite]

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