Poème 'Arachnée' de papillondelabrise

Arachnée

papillondelabrise

EXERCICES DE FILS

Aristotélés Aristo ès toiles

Entre architecture, art et artisanat, l’araignée tisse, à la mesure de ses pas, les méandres de son ouvrage énigmatique, un labyrinthe soyeux et géométrique : arachnigmatique pourrait-on dire tant les proportions architecturales se mesurent à l’aune de son courage, à l’aube de.ses pattes. Vingt fois sur son métier, recommence son ouvrage, se hâte lentement, et, sans perdre courage.

Arachnitecte ou le château de l’araignée

Experte en génie civil et ingénieure en ponts et chaussées, l’araignée fait couler, jusqu’à ce qu’il rencontre une butée, un long et fin fil flotteur qui deviendra le futur tablier de son ouvrage d’art, dans le but évident de se mettre à table un peu plus tard. Parfois son viaduc, sans qu’elle l’ait voulu, devient un aqueduc quand la pluie est venue. La rouée fileuse a son rouet : c’est la rouée arrosée quand les rues de son rouet se font rus.

Mathrapode

Ses bonds de joie, ses dons de fils, ses ponts de soie, sa géométrie sont issus de la nature, mais non du crayon, de la règle ou du compas, encore moins d’un problème de quadrature.
Sans relâche, elle crée, elle exulte, elle exsude, de triangles assemblés, quelques hypoténuses –ou bien – munie de ses huit pattes qui font d’elle un octopode, elle construit un octogone avec soin mais sans hâte. « Elle le polit sans cesse », y ajoute des lignes ; elle efface souvent ce qui n’en est pas digne. « Elle travaille à loisir, quelque ordre qui la presse, et ne se pique point d’une folle vitesse » (Boileau) :

Aurait-elle résolu à son corps défendant le problème de la quadrature du cercle ??
Férue de fils et phéromone, cette identité remarquable rue dans le Brocart. Elle ne crache pas sur la charogne – c’est là le secret de la quintessence de son art – qu’elle emprisonne sans vergogne dans un fil fin comme vigogne car tel est le but de sa besogne.
C’est une arthropode pythagoricienne (ou presque), mathématicienne (épeire parfois, hors-pair semper) de la section d’or. Elle crée de ténues spirales de fragilité hypothétique pour se défatiguer en leur sein. Elle donne du fil à retordre et de la phéromone en bon ordre.
Elle a le logarithme dans la peau.
L’araignée se hâtant n’est pas une automate dévidant sans penser la ouate de ses pattes. Chaque fois qu’elle tisse une toile, elle raisonne : quel est mon stock de soie, l’espace dont je dispose ? Quels sont les points d’attache afin qu’elle ne s’arrache ? Autant de petits calculs savants qui peuvent s’avérer assommants.

La preuve par huit

L’araignée compte en base huit
Sa toile, octogone qui oscille
Est tour aux huit vents qui vacille
Ses yeux, huit ocelles qui scintillent
Ses pieds, huit pattes qui frétillent
Prouvent qu’elle compte en base huit
Elle compte en base octimale – sans doute doit-elle juger que c’est un système optimal – il suffit de compter sur ses pieds !
« eadem mutata resurgo, déplacée je réapparais à l’identique » : ce serait dans son cas son motto. En plus d’être mathématique, c’est magique. Botus et mouche cousue ! Que je meure si je mens, si ma toile n’est pas, moi en prolongement.

L’araignée orbitèle au sein de sa station orbitale : ingénieure ou ingénieure du son ?

Experte en telacommunication et en télémachie (combat de toile), l’araignée est une ingénieure, née sous le signe de l’ »i » grec. Elle a plusieurs cordes à ses arcs. La géomètre mécanicienne construit ses figures géométriques en tours/minute/rayon : x tours de spirales sur y rayons de toile. Elle est spécialiste en radar et en réseaux, en tectonique des toiles ; elle mesure l’intrus à la secousse près sur l’échelle des riches heures de sa journée : repas, chéris, desserts, chélicères et aimés. Elle veille au grain sismique qui la réveillera et lui mettra la mouche à l’oreille à l’heure de son repas ; c’est selon le diapason de ses colimaçons. Parcourant son radar, c’est un drone malin qui fait le va et vient en quête de nectar et retient dans ses spires ses mâles tristes sbires. A la fois aéromètre et anémomètre, l’araignée au sein de son arène règne en maître, mesure le poids des vents et la pression des proies.
L’araignée cette ingénieure du son hors-pair, grâce à son fin dédale, transforme la musique des airs et des chairs en musique digitale, les signaux et échos en images d’animaux. Sa toile est à la fois un radar un micro, une enceinte, un sonar.
Experte en telacommunication, elle reçoit des coups de fil de l’extérieur par sa voile de sensors et sait se faire entendre de l’intérieur par sa voix de stentor. Que peut-on dire de plus de cette étoile de chapiteau hormis qu’elle a voix au chapitre ? On peut dire de plus que grâce à l’araignée les murs ont des oreilles, en plus d’avoir des pieds. Elle a de plus inventé le miroir aux alouettes en réverbérant la lumière ultraviolette, le tourisme de masse aérien en ballon lorsqu’elle est en quête de nouveaux horizons.
Ses lignes à haute tension sont autant d’éléments piègo-électriques qui transforment les impulsions de l’air en reliefs de chair à manger.
La nymphe des échos est tout à sa régie et se fait l’égérie des mâles amiraux qui croisent son chemin

Arachnidext®e ou Quand l’art d’aimer est né du lard des mets de l’araignée ou les métamorphoses du vide.

Pour sa page d’écriture, l’araignée dessine un trait, une ligne en pattes de mouche, (liminaire en son logis) même si la tempête dure, ligne de pleins, de déliés, avant de reprendre sa course. Alors sur son ardoise, elle fait des gribouillages, de nombreuses spirales, vers le centre de sa toile. Elle écrit de ses pieds des octamètres dactyliques. Sa volubilité a quelque chose de magique. Tout à coup, devient folle, araignée au plafond ? Ambitio major, vita tristior ?, et sort son pot de colle. Elle expose sur sa toile, quand arrive l’aurore, des lampions de lumière ou des lignes de rosée – points de suspension ? Non« L’essaim myriadaire et merveilleux » d’un matin de soleil radieux, comme autant de coquilles d’une aurore qui brille. Elle édite et publie au seuil de sa page le réveil et le renouveau d’un autre âge.
Elle nous fait parfois des pâtés au milieu de ses déliés. Oups ! J’ai fait un raté mais non que je suis bête ! Points de sustentation !…C’est mon garde-manger ! Ca va être sa fête ! (Limonaire de barbarie)

Et ma blême araignée, ogre à logique, est là
Aimable, aime, à régner au gras logis qu’elle a (d’après Victor Hugo ou son alter ego)
Et ma Péri, pérenne en son logis
Aima, périt, paix règne ! En solo gît (c’est de moi et ça se voit)

aragnomorphose : l’araignée prend la mouche

La satyre a sa faim, c’est une histoire sans fin. Sa toile est un moulin qui accueille en son sein ces lestes dons qui sautent, célestes dons qui volent.
Un céleste don qui saute passa, sang chaud, dans ses toiles ? Là voilà qui accourt pour l’envelopper dans ses voiles. La sentinelle ne fait pas dans la dentelle et croque à belles dents moucherons et abeilles

ariachnohellène

Proferet imperium Pallas Arachnea jacet extra sidera tellus et tela (Virgilius egoque). Progresse son pouvoir, s’étend son territoire et sa si douce (sidus) toile au-delà des étoiles. Pax Arachneae : échelle d’égalité.

C’est une fine athlète (une aptère au fil) qui projette son trait, une marathonienne qui se repose et guette sa proie quotidienne, dans une pose altière, lovée dans l’attente de son Thésée altère. Mais en fait de Thésée, ce n’est pas un spartiate, car Monsieur préfère de loin l’amour à la guerre, quitte à regagner chez les autres ses pénates. Le mâle fait la noce, la bamboche, ne bâtit pas mais batifole, pousse la ribouldingue, la ribote mais ne porte pas la culotte – de Madame, il est plus menu ! – met ses huit pattes sous la table, fait parfois partie du menu. C’est l’hymen, chélicères.
On ne dit pas si Thésée la délaissera pour une autre. Quoi qu’il en soit, c’est la reine de la mue, aux cris aigus, qui rejette les intrus de sa voix.

Elle a tout du Minotaure au centre de son dédale, d’une Parque automobile aux habitudes vestales. C’est le phénix des hôtels de nos bois accueillant ses hôtes de bon aloi. « Tire la chevillette, la bobinette cherra, tu verras la navette et son fil t’accueillera – pourquoi avoir huit yeux, Mère grand ?– C’est pour te voir mieux, mon enfant !
Elle trempe ses lignes de glu pour éviter que libellule ou éphémère ne rebondisse et finisse au diable vauvert.

Araénéide

Capitaine furtif de vaisseau sans coque ou cook d’un navire à voile fantôme, elle enveloppe les bâtiments ailés dans sa vélomachie (toujours avec dévouement), sept filins très spécialisés pour un spectacle de tragédie (toujours le même dénouement), un filin de rappel auquel elle est ancrée, grâce auquel elle s’échappe si elle est en danger (on peut dire alors qu’elle se désancre de la réalité).
Cette Pénélope panoptère balise de phéromone son chemin – à spires – comme autant de bouées Argos, délivrant un message codé – argyre – dans son argot spécifique.
Lovée dans sa toile ou tapie dans ses filins (d’or faits) Pénélope espère Enée ou Ulysse en vain (Orphée ?).

L’art est né sous le fil de l’a-Rê -gnée

La coquette balise parfois le terrain de signes visuels pour ses amoureux en goguette ou, pour se faire Cybèle, se prend à dessiner sur son écran de veille la copie personnelle de la roue du soleil à moins que ce ne soit un mâchicoulis pour casser le cou de tous ses ennemis. Elle pend à ses cimaises des mouches de rosée, les étoiles de l’aurore, impressions d’un matin, sibyllin, vénitien. Sur son écrin soyeux, elle sculpte à qui mieux mieux des bijoux giboyeux pour un futur festin.
Arthropode philanthrope aux doigts de fée et bonne ménagère, elle monte à ses gouttières pour faire sécher son linge de rosée à la chaleur solaire. L’araignée file un bon coton dans le cocon de la nature malgré tous ces arachnophobes qui lui font mener la vie dure. L’araignée Tipsy se retrouve à terre, quand voilà la pluie, les huit fers en l’air.

Aragnosiris et dieu de la fertilité de la résurrection de la régénérescence du « fil »

La nymphe meurt et renaît de ses mues pour se métamorphoser en mère morte. L’araignée est une métamorphose filée, une matamore filaire.
L’araignée : « eadem mutata resurgo » ; après la mue, je réapparais en plus gros.

Aragnubis ou le don d’Anubiquité

Sur sa balance juchée, elle j(a)uge de sa balancelle ses prises, les jouets de son rouet tel un Anubis ou une Thémis.
Alpha et oméga, elle momifie ses proies qui retournent en alphance, préside à son festin et au destin du butin en prise aux affres de la Moire et arrondit les angles de ses prisonniers à l’agonie en les enroulant dans un cocon moiré.
Tu es né du cocon, tu retourneras au cocon.
Perchée sur sa grande échelle de pompier, d’un jet de lance, l’araignée éteint toute velléité de résistance dans l’œuf.

Mi démone mi génie, vouée aux gémonies, elle éveille ses proies plongées en léthargie et mange à petits feux prisonniers prisonnières de son enfer scalaire. Charité bien ordonnée commence par soi-même. L’arachnide archiviste consulte ses rouleaux rangés dans les casiers de sa bibliothèque (d’Arachnexandrie) et grignote parfois ce qui lui semble en trop ; dissèque, de ses pinces, une aile ou une tête. Son festin d’araignée est un plat de gourmet. Festina lente et festoie lentement. L’escalade de l’horreur est chez elle mesurée. Son capitole est proche de sa roche tarpéienne : elle peut être délogée de son nid douillet. Sa vie ne tient donc parfois qu’à un fil.
Elle fait l’aumône d’une patte ou d’une aile et phéromone de plaisir lorsque son chéri lui rend une petite visite de courtoisie et de courte durée au milieu de sa toise.

Comedia dell’Arachne

Cette dea ex machina, cent fois sur son métier, prépare le canevas de sa Comedia dell’Arachne, manœuvre les filins de sa toile comme les mathurins d’autrefois et projette sur son théâtre d’ombres, sur son écran de capture, une sombre tragédie d’hécatombe qu’elle jette en pâture aux yeux de la nature. Une tragédie en trois unités s’il vous plaît :
Unité de lieu : le château de l’araignée ; pour l’unité d’action : disons l’opera-bouffe ; pour l’unité de temps : mieux vaut tard que jamais. En guise de didascalie : retenir son souffle…

« Que diable allaient-ils faire dans cette galère ? » Les voilà damnés, condamnés à sécher sur des claies en attendant que Dame aux clefs les frappe de ses épées. Les malheureux pris dans cette galère succombent parfois à ses chélicères. La Némésis se venge des crimes insectueux des mouches émissaires de la mort avant qu’elles ne fassent de son sort un repas. La vengeance est un plat qui se mange froid. Mais il se pourrait bien que cette tragédie ne se retourne contre la dramaturge elle-même.

Arachnide et vieilles dentelles : in cauda venenum

A l’enterrement d’une vie de garçon
La veuve noire s’en est allée
Elle portait son beau sablier
Sur son abdomen noir de jais
Comme si c’était un tablier
Il disait le temps t’es compté
Ainsi qu’une montre à gousset
Prends donc le temps de t’accoupler
Tu te reposeras après
L’affaire faite ceci cela fait
Se jette sur lui pour l’avaler
Sans autre forme de procès
A l’enterrement d’une vie de garçon
La veuve noire s’en est allée
Elle était en deuil tout crêpée
Du venin d’honneur tout saoulée
Tout absorbée dans ses pensées
Elle pense à sa maternité
Aura-t-elle beaucoup de bébés
Les mâles seront-ils avalés
Ou bien sauront-ils s’échapper
Des femelles de sang assoiffées
Qui ne seront plus obligées
Dans le futur de procéder
A l’enterrement d’une vie de garçon
Da Capo

Paradoxe 1

Sa toile est sa fatigue, sa faim, sa nourriture, ces trois choses à la fois qui lui mènent la vie dure depuis la nuit des cieux. Construire une toile aussi plate que la sienne creuse mais c’est elle qui lui prodigue les reliefs de ses repas. C’est un cercle de vie vicieux mais il en est ainsi, depuis l’ire des dieux.

Paradoxe 2 amour aragnorisis = FIN

Pourquoi a-t’elle si mauvaise réputation ? Son monde est à l’envers, elle a la tête en bas et les pattes en l’air, situation de tégénaire
L’araignée met de l’ordre dans son lit avant l’amoureuse ordalie.
Le mâle préfère les grosses dont il espère avoir de magnifiques gosses.
Après les derniers spasmes, l’orgueilleuse araignée ne fait qu’une bouchée de son comte d’orgasme, mauvaise reine, bonne mère, s’occupe de ses petits -souvent femelle varie bien mâle qui s’y fie.
Si la vilaine bête ne reçoit pas tout l’amour qu’elle réclame à corps et à cris (tout veut un baiser, même la femme araignée), elle pourra toujours en recevoir de la passion dévorante de ses petits à moins qu’elle ne finisse en discours anoureux.

Il est temps d’arrêter la démonstration au risque d’avoir une araignée au plafond. Impressions du soir, espoir.
Il reste juste assez de colle au fond de mon pot pour écrire ceci : achevé de tissé, le jeudi 6 mars 2014, à Colophon.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

Aucun commentaire

Rédiger un commentaire

papillondelabrise

Image de papillondelabrise

Nom : dubois

Prénom : arnaud

Naissance : 09/08/1965

Présentation : Si le coeur vous en dit, vous pouvez écouter mes improvisations et voir quelques unes de mes photos à ces adresses...

Accéder à sa page de poésie

© 2020 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS