Poème 'Le Rendez-vous' de Petrus BOREL dans 'Rhapsodies'

Le Rendez-vous

Petrus BOREL
Recueil : "Rhapsodies"

À Eugène Bion, statuaire.

Au luisant de la moucharde…
ARGOT.

… Enfin au cimetière,
Un soir d’automne, sombre et grisâtre, une bière
Fut apportée !…

Théophile GAUTIER.

Tu m’avais dit : Au soir fidèle
Quand reparaît le bûcheron ;
Quand, penché sur son escabelle,
Au sein de sa famille en rond,
Il partage dans sa misère,
Triste gain de sa peine amère,
Un peu de’ pain à ses enfants,
Qu’au loin l’ambition n’entraîne,
Et dont nul proscrit par la haine,
Ne manque à ses embrassements.

Tu m’avais dit : Toi, que j’adore !
Tout bas avec ta douce voix.

Du beffroi, quand l’airain sonore
Dans l’air bourdonnera sept fois ;
Quand sous l’arc du jubé gothique,
Le curé d’une main rustique
Aura balancé l’encensoir ;
Quand, sous la lampe vacillante,
Des vieilles la voix chevrottante
Tremblottera l’hymne du soir.

Tu m’avais dit : Viens à cette heure ;
Longe le mur des templiers,
Longe encor la sombre demeure
Assise sous les peupliers ;
Puis, glisse-toi dans la presqu’île
Qui penche sur le lac mobile,
Son front vert, battu des autans,
Vers ce saule, pâle fantôme,
Sortant du rocher comme un gnome.
Courbé sous de longs cheveux blancs.

Tu m’avais dit… Mais qui t’enchaîne ?…
Fatal penser qui vient s’offrir !…
Enfer ! si ta peine est ma peine,

Qu’en ce moment tu dois souffrir !
Pour chasser l’ennui de l’attente,
Pour endormir mon âme ardente.
Et pour recevoir tes attraits ;
Je fais de ces fleurs que tu cueilles,
Du martagon aux larges feuilles,
Un lit de repos sous ce dais.

Tu m’avais dit… le temps se passe,
En vain j’attends, tu ne viens pas ;
Et la lune sur ma cuirasse
Brille et pourrait guider tes pas ;
Peut-être un rival ?… Infidelle ! —
Il dit : S’éloigne, vient, chancelle,
Faisant sonner ses éperons ;
Et de rage et d’impatience
Il fouille le sol de sa lance,
Et va, poignardant de vieux troncs.

Soudain, il voit une lumière
Qui vers le manoir passe et fuit ;
Un cercueil entre au cimetière,
Un blanc cercueil. — Eh ! qui le suit ?
Horreur ! eh ! n’est-ce pas ton père
Qui hurle ainsi, se traîne à terre ?…
Je t’accusais !… tiens, à genoux :

Poignard que mon sang damasquine
Frappe, déchire ma poitrine !…
Je te rejoins au rendez-vous !!!

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Petrus BOREL

Portait de Petrus BOREL

Joseph-Pétrus Borel d’Hauterive, dit Pétrus Borel ou encore « le lycanthrope », né à Lyon, au 24, rue des Quatre Chapeaux, le 29 juin 1809 et mort à Mostaganem (Algérie) le 17 juillet 1859, est un poète, traducteur et écrivain français.
Pétrus Borel est le frère d’André Borel d’Hauterive, auteur d’un... [Lire la suite]

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