Poème 'Pour la gloire de Mallarmé' de Georges RODENBACH dans 'La Jeunesse blanche'

Pour la gloire de Mallarmé

Georges RODENBACH
Recueil : "La Jeunesse blanche"

C’est tout mystère et tout secret et toutes portes
S’ouvrant un peu sur un commencement de soir ;
La goutte de soleil dans un diamant noir ;
Et l’éclair vif qu’ont les bijoux des reines mortes.

Une forêt de mâts disant la mer ; des hampes
Attestant des drapeaux qui n’auront pas été ;
Rien qu’une rose pour suggérer des roses thé ;
Et des jets d’eau soudain baissés, comme des lampes !

Poème ! Une relique est dans le reliquaire,
Invisible et pourtant sensible sous le verre
Où les yeux des croyants se sont unis en elle.

Poème ! Une clarté qui, de soi-même avare,
Scintille, intermittente afin d’être éternelle ;
Et c’est, dans de la nuit, les feux tournants d’un phare !

1896

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