Poème 'Chant de la Source' de Marie NOËL

Chant de la Source

Marie NOËL

Les autres sont des gens.
Les autres sont des femmes,
Les mains pleines d’argent,
Pleine de bonheur, l’âme.

Moi, je suis dans le bois
Qui ne sait, une Source.
Je suis l’Eau qui ne boit
Personne dans sa course.

Je suis l’Eau qui jaillit
De l’ombre. La tendresse
Qu’au secret des taillis
Emporte sa détresse.

L’Eau née avant le jour
Pour qu’au sec de la terre
A son limpide amour
Un cœur se désaltère.

L’Eau pâle qui plus tard
Que le soir coule encore.
L’Eau de pauvre regard
Dont chaque larme implore.

Je suis l’Eau d’aujourd’hui
Et demain qui ruisselle
Pour rejoindre celui
Qui n’a pas besoin d’elle.

Je suis l’Eau qui se perd
En vain vive, en vain pure,
En vain bonne à travers
De trop seules verdures.

Je suis celle qui court
Pour qu’enfin son Eau meure
La Source qui toujours
Aura soif et qui pleure.

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Commentaires

  1. Temple de la source
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    Ce saint lieu reste ouvert pour les gens de passage,
    Ceux qui ne vont pas bien, ceux qui se sont perdus ;
    Les oiseaux d’alentour chantent dans les feuillages,
    Auxquels, fidèlement, la source a répondu.

    Si nos humbles appels sont des dieux entendus,
    Nous ne le savons point, ni quel est leur langage ;
    Sur ce temple qui fut bâti en d’autres âges,
    Sans doute un sortilège est un jour descendu.

    La source est douce et fraîche, et puis elle est jolie,
    Elle est le vrai remède à la mélancolie,
    Elle peut consoler même un oiseau blessé.

    Toi, source de sagesse et source de folie,
    N’aurais-tu point sauvé la princesse Ophélie
    Dont sans raison le coeur se trouva délaissé ?

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